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21 Février 2020 | 26, Shevat 5780 | Mise à jour le 19/02/2020 à 18h14

Rubrique Israël

Forum mondial sur la Shoah : Le monde face à la haine antijuive

(flash90.)

Le Forum Mondial sur la Shoah organisé pour la première fois à Jérusalem, aura renforcé la place d'Israël dans l'alliance morale des nations, mais aussi souligné leur incapacité à lutter efficacement contre le retour de l'antisémitisme.

La venue à Jérusalem de dizaines de chefs d'Etat et de gouvernement pour les cérémonies du 75e anniversaire de la libération d'Auschwitz  est sans conteste une réussite diplomatique israélienne. Israël est apparu comme un centre de mémoire incontournable, ainsi que l'a d'ailleurs souligné Emmanuel Macron. Et sur les enjeux du présent, Benyamin Netanyahou a pu aborder avec ses homologues les questions pressantes pour Israël de la situation régionale, de la menace iranienne et même de la procédure qui se prépare à la Cour Pénale Internationale sur une enquête pour de supposés crimes de guerre israéliens. Sur ce point spécifique, le Premier ministre israélien devrait pouvoir compter sur une certaine coopération de la part des Etats-Unis et des pays d'Europe. 

Mais le cœur de l'événement du 23 janvier au Mémorial de Yad Vashem était d'abord et avant tout la mémoire de la Shoah et la lutte contre l'antisémitisme renaissant, partout dans le monde. Les discours des dirigeants présents ont été unanimes à souligner l'importance d'une responsabilité universelle pour maintenir intact le souvenir de l'abomination et pour empêcher la haine antijuive de reprendre force. 


Pourtant, derrière les serments solennels et les condamnations univoques, il était difficile de cacher l'embarras et les aveux d'impuissance. Le président allemand a eu beau s'exprimer en hébreu, puis en anglais, ses propos n'étaient pas ceux qu'il avait espéré prononcer 75 ans après la victoire des Alliés sur le nazisme. Franck-Walter Steinmeier a répété que son pays portait "la culpabilité du pire crime de l'histoire de l'humanité", mais il a aussi reconnu que l'Allemagne "comprenait mieux le passé que le présent". L'antisémitisme a relevé la tête dans son pays, où "seule l'épaisseur d'une porte de bois a empêché un terroriste de droite de provoquer un bain de sang dans une synagogue de Halle, le jour de Kippour". 


Une responsabilité universelle pour maintenir intact le souvenir de l'abomination


Ni le vice-président des Etats-Unis, ni le président de la République, n'ont pu non plus présenter un bilan positif de la situation dans leurs pays respectifs. La violence antisémite touche déjà la communauté juive de France et désormais la communauté américaine et celles de bien d'autres démocraties, qui sont pourtant dotées de législations et d'outils qui devraient les en protéger. 

Si les déclarations d'intention des leaders présents au Forum sont indéniablement sincères, peuvent-elles être réellement suivies d'effet ? Vladimir Poutine qui appelle à une action conjointe des membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations unies, est aussi celui qui réécrit l'histoire de la Seconde guerre mondiale pour défendre les intérêts géopolitiques de la Russie face à l'Ukraine ou à la Pologne. Les Européens qui dénoncent la renaissance de la judéophobie ont du mal à reconnaître qu'elle a aussi émergé de l'islamisme et de l'ultragauche sur leur continent. 

Il reste à espérer que les dirigeants auront entendu les avertissements de Moshe Kantor, l'organisateur du Forum, quand il dit que les Juifs pourraient avoir totalement quitté l'Europe d'ici trente ans. Et ceux du président israélien Rivlin, quand il rappelle que l'antisémitisme est une maladie qui ne s'arrête pas aux Juifs, et qu'elle détruit aussi les sociétés qu'elle contamine.

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