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21 Février 2020 | 26, Shevat 5780 | Mise à jour le 19/02/2020 à 18h14

Rubrique Israël

Professeur Eytan Gilboa* : «C'est la 1ère fois qu'un plan américain est pro-israélien»

(DR)

Donald Trump a présenté mardi son plan censé relancer les négociations entre Israël et les Palestiniens gelées depuis six ans. Ce "deal du siècle" comme aime à le qualifier le président américain, en bon homme d'affaires qu'il est, a-t-il des chances de réussir là où tous les autres plans de paix ont échoué ? Nous avons posé la question à Eytan Gilboa, quelques minutes seulement après sa divulgation.

Actualité Juive : Pourquoi Donald Trump, après avoir reporté à plusieurs reprises la divulgation du plan à cause d'élections répétitives, a-t-il finalement décidé de ne plus attendre ?

Eytan Gilboa : Ce plan est prêt depuis un an. Mais le président avait reporté sa divulgation sur demande de Benjamin Netanyahou qui redoutait en période électorale de contrarier la droite au cas où d'importantes concessions étaient demandées à Israël. A présent Netanyahou lui a demandé de faire le contraire. N'oublions-pas qu'il est à présent accusé et que son procès devrait s'ouvrir prochainement. Il recherche dans ce plan l'immunité qu'il n'a pu obtenir de la Knesset. 


A.J.: S'agit-il là aussi d'un coup de pouce à la campagne électorale   de Trump ?

E.G. : Bien sûr. Il entend tenir la promesse qu'il a faite à sa base électorale, notamment les évangélistes qui prônent pour le Grand Israël.  

   D'autre part, le plan comporte deux volets. L'un économique dévoilé en juillet. 50 milliards destinés à la mise en place de 180 projets visant à améliorer la vie des Palestiniens. Et l'autre politique. Et afin que ce plan ne perde pas de sa crédibilité, il ne fallait pas qu'il y ait un laps de temp trop long entre leurs révélations respectives.


A.J.: De nombreuses voix s'élèvent contre l'ingérence américaine dans la politique israélienne. La vôtre aussi ?

E.G. : Une ingérence toutefois modérée. Trump a invité à la Maison Blanche Benny Gantz, le chef de Kachol Lavan, à un entretien sans Netanyahou. Je ne me souviens pas qu'un pdt américain ait invité un 1er ministre et le chef de l'opposition en même temps. Et s'il l'a fait c'est aussi pour montrer qu'il y a un consensus à propos de son plan. Un plan approuvé par deux responsables dont l'un sera le prochain 1er ministre.


A.J.: Les lignes du plan viennent d'être dévoilées, d'emblée diriez-vous qu'il a une chance de réussir ?

E.G. : Tout d'abord c'est la 1ère fois qu'un plan américain détaillé est pro-israélien. Tous les autres, depuis le 1er en décembre 1969 proposé par William Rogers, ministre des Affaires étrangères de Nixon, étaient propalestinien et ont tous échoué. Et ce car chaque partie ne voyait que ce à quoi elle devait renoncer et non ce qu'elle recevait.


A.J.: Les Palestiniens rejettent ce plan avant même de l'avoir lu

E.G. : Ils ont toujours rejeté les plans. Même quand il leur a été proposés 90%, 95% de la Judée-Samarie. Aujourd'hui ils peuvent espérer dans le meilleur des cas 70%. C'est un coup dur.  


A.J.: Pourtant Trump leur propose un pays avec des quartiers de Jérusalem-Est pour capitale et 50 milliards de dollars ?

E.G. : En fait les Palestiniens ne veulent pas d'accord de paix. Ils préfèrent ne pas résoudre le conflit pensant qu'Israël pourrait finalement accepter toutes leurs demandes. Ils vont donc continuer à dire que la "Palestine n'est pas à vendre". Je pense qu'ils font une erreur. 


A.J.: D'autant plus qu'ils ne devraient pas pouvoir compter sur le soutien des pays arabes ?

E.G. : En effet, au moment de la divulgation du plan, trois ambassadeurs de pays sunnites sont là. Oman, Bahreïn et Emirats Arabes Unis. Leur présence vaut pour soutien tacite au plan américain. Ils ont d'autres problèmes, comme la menace iranienne, que celui des Palestiniens qui vont se trouver de plus en plus isolés. Ils pourraient donc se dire finalement que ce plan n'est pas si mal et s'engager dans des négociations. Mais j'en doute.


A.J.: Ce que certains considèrent comme un cadeau électoral de Trump à Netanyahou ne risque-t-il pas de se révéler empoisonné ? 

E.G. : La droite du Likoud ayant déjà averti qu'elle rejetterait tout plan qui prévoit la création à terme d'un état palestinien.

 C'est possible, mais c'est Netanyahou qui a réclamé la publication du plan maintenant. Il devrait dire à la droite, pour ne pas risquer la cohésion de son bloc, que l'on peut annexer tout de suite. Qu'ensuite il y aura des négociations et que les Palestiniens devraient rejeter toutes les conditions imposées par Trump, comme celle de reconnaître Israël en tant qu'état juif. Peu de chances donc qu'il y ait un état palestinien. Mais rien ne dit que la Maison Blanche a donné son feu vert pour des annexions imminentes.


A.J.: Quel impact le plan pourrait-il avoir sur les élections ? 

E.G. : Le Likoud va concentrer sa campagne sur les grands succès que Netanyahou apporte au pays. Alors que Kachol Lavan dira que certes Netanyahou est un grand dirigeant mais aussi un délinquant et qu'il ne peut donc être plus longtemps 1er ministre.


A.J.: Alors, ce plan, Deal du Siècle ou pas ? 

E.G. : Trop tôt pour le dire. Ce qui est sûr c'est qu'il adresse un message important aux Palestiniens. "Le temps ne joue pas en votre faveur. Ne comptez pas sur l'ONU, les organisations des droits de l'homme, le mode musulman pour faire le travail à votre place. Prenez votre destin en mains." Et qu'il pourrait améliorer les relations entre Israël et les Palestiniens. 


* Expert des relations Israël/Etats-Unis

Président du Centre de communications internationales à l'Université Bar-Ilan, professeur de diplomatie à l'université de Californie du Sud à Los-Angeles, Commentateur spécialiste des Etats-Unis dans les médias israéliens.

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