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09 Juillet 2020 | 17, Tammuz 5780 | Mise à jour le 07/07/2020 à 15h06

Chabbat Pin'has : 21h35 - 22h56

Rubrique Judaïsme

Parachath Chémoth 5780 : Un peuple différent

Moïse sauvé des eaux. (D.R.)

Le Talmud (1) affirme « qu’un prisonnier ne peut se libérer seul ». L’évidence de ce dicton a poussé nos Maîtres à chercher, au-delà du sens simple, une signification plus profonde. Et c’est avec la naissance de Moché (Moïse) qu’ils l’ont trouvée. C’est ce qui nous permettra aussi de comprendre le sens de la sortie d’Egypte.

Moché naquit de manière tout à fait surnaturelle. Sa mère, Yo’hévèd, était trop âgée pour mettre un enfant au monde. Ce n’est que par l’effet d’un miracle qu’elle retrouva sa jeunesse pour concevoir et enfanter. Ce n’est donc que par un dépassement des règles de la nature que sa naissance put être possible. Il en fut de même pour la sortie d’Egypte : l’existence et la spiritualité de ce pays étaient fondées sur la toute-puissance de la nature. Rachi nous explique que les crues du Nil étaient la source de vie de l’Egypte. En débordant, les eaux de ce fleuve irriguaient les champs et, de ce fait, leur donnaient vie. Pour sortir de cet espace, il fallait dépasser le cadre naturel. C’est pourquoi la sortie d’Egypte ne put se produire que grâce à un homme né au-delà du cadre naturel. On peut comprendre à présent l’affirmation selon laquelle un prisonnier ne peut se libérer seul : en étant (prisonnier) en Egypte, la délivrance était impossible. Ce n’est qu’en étant au-delà des normes naturelles, par le miracle, qu’elle fut possible. Le miracle fut comme la clé qui permit d’ouvrir la porte de la prison égyptienne. 


De tous temps

Le miracle apparaît ici comme le mode de différenciation entre les enfants d’Israël et l’Egypte, mais plus globalement, entre Israël et les nations. Et cette idée nous oblige, ici, à corriger une idée fausse trop répandue. Certains pensent, et ils sont nombreux, que la haine à l’égard de l’étranger est un sentiment qui, dans sa globalité inclut les Musulmans, les Juifs, les Noirs et autres minorités, comme si l’antisémitisme était à mettre sur le même plan que le racisme. C’est là une fausse piste de réflexion car le peuple juif est un peuple à part qui doit être distingué, sur tous les plans, des autres minorités. Les problèmes liés à notre existence ne sont nullement comparables à ceux des autres minorités. La haine à l’égard du Juif est irrationnelle. Elle est au-delà des époques et des nations et ne peut donc être mise dans le même registre qu’une haine classique au sein des sociétés. Elle existe de tous temps, aussi bien en Orient, qu’en Occident ou qu’en Afrique du Nord et c’est le premier verset de notre paracha qui nous le prouve.


Migrants pour toujours

Le verset est on ne peut plus classique, puisqu’il décrit une réalité historique : « Voici les noms des enfants d’Israël qui viennent en Egypte. Yaakov, chaque homme et sa maison sont venus ».Les commentateurs remarquent la présence d’une expression, a priori inutile. C’est « sont venus ». S’ils viennent, quel besoin le texte a-t-il de nous préciser à la fin du verset « qu’ils sont venus » ? La Thora veut marquer ici, la spécificité du peuple juif. Généralement quand un peuple étranger vient s’installer sur une terre nouvelle, au bout de quelques décennies, l’installation est achevée. Notre verset envisage une situation unique. Celle d’Israël : on ne dira pas après quelques décennies « ils se sont installés » mais « ils sont venus ». On rappellera « qu’ils sont venus ». Même si un Juif est installé avec la volonté de s’intégrer, l’histoire et les peuples du monde lui rappelleront tôt ou tard qu’il n’est pas chez lui parce qu’il est toujours étranger. Mais surtout, parce qu’il est différent…  l 


Notes

  1. Traité Béra’hoth, p.5b
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