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09 Juillet 2020 | 17, Tammuz 5780 | Mise à jour le 07/07/2020 à 15h06

Chabbat Pin'has : 21h35 - 22h56

Rubrique Judaïsme

Parachath Bo 5780 : Un temps… au-delà du temps

Illustration de Gustave Doré

Il est rapporté dans différents ouvrages que les dix plaies d’Egypte avaient chacune une spécificité qui lui était propre. Toutefois, la dixième, la mort des premiers nés égyptiens, se démarqua des autres par deux détails que l’on ne trouve dans aucune des neuf précédentes : son temps et la préparation des enfants d’Israël à son déclenchement. C’est ce que nous tenterons de comprendre aujourd’hui.

Lorsque Moché (Moïse) annonça l’imminence de la dixième plaie, il ajouta deux précisions à l’adresse des enfants d’Israël et du Pharaon. Il était vital d’une part que chaque famille prenne un agneau pour l’égorger et le consommer la nuit de la plaie en prenant soin de badigeonner du sang de l’agneau et de la circoncision (1) les deux poteaux et le linteau de leur porte. Ce signe était vital pour se protéger de la plaie. D’autre part, Moché informa le monarque que la plaie frapperait l’Egypte à minuit. En quoi ces deux éléments avaient leur importance dans le déroulement efficace de cette plaie ?


Se démarquer de l’Egypte


Pour comprendre l’importance de tous ces détails, il nous faut au préalable expliquer sommairement la différence entre les neuf premières plaies et la dernière, la mort des premiers-nés. Le but des neuf premières plaies était avant tout de faire connaître à l’Egypte la grandeur de D.ieu. C’est la raison pour laquelle ces plaies ne touchèrent pas les enfants d’Israël qui avaient déjà acquis une certaine connaissance du Créateur. Ce qui n’était pas le cas de la dernière plaie dont la seule et unique fonction était de punir. Dès lors, pouvait surgir une accusation : pourquoi seuls les Egyptiens devaient être frappés ? Les enfants d’Israël étaient eux aussi plongés dans l’idolâtrie ! Pour rejeter cette accusation, ces derniers devaient montrer que profondément, ils se démarquaient de l’Egypte par un don de soin qui dépasse l’humain : en prenant l’idole des Egyptiens qui était l’agneau, en le consommant et en badigeonnant leur porte de son sang, ils prouvèrent alors qu’ils avaient définitivement rompu leur lien avec l’idolâtrie. Ce dépassement de soi se reflétait aussi dans la circoncision, pacte d’alliance qui unifie le Créateur et l’homme au-delà d’un lien rationnel.


Un amour infini


C’est en réponse à cette foi, que la dixième plaie frappa à minuit. Comme son nom l’indique, ce temps se situe entre deux moitiés : nos Maîtres qualifient le temps qui va de la tombée de la nuit à minuit de période de rigueur puisque l’on va de la lumière à l’obscurité alors que la période qui suit minuit est un temps de bonté puisqu’elle va de l’obscurité à la lumière (du matin). Rigueur et bonté sont des données relatives que l’on peut aussi trouver chez l’homme. Minuit est un temps qui se situe au-delà de ces deux mesures et qui évoque l’Infini. En se manifestant à ce moment précis, D.ieu révélait à Son peuple Son amour infini dépassant toutes les normes humaines et cela  comme réaction au courage infini des enfants d’Israël. La sortie d’Egypte devenait alors possible. 


Un mode nouveau


Le prophète Mi’ha (Michée) affirme que D.ieu accomplira des prodiges lors de la délivrance finale comme Il le fit au temps de la sortie d’Egypte (2). En s’inspirant de ce que nous écrivions plus haut, on peut comprendre la nature de cette comparaison : la foi qui déclencha la sortie d’Egypte n’était fondée sur aucun calcul humain. Logiquement, cette libération était impossible. Pourtant elle s’accomplit parce qu’Israël manifesta un attachement à D.ieu au-delà de toutes les considérations de la normalité du moment. Il en sera de même très prochainement pour nous. Pour que la délivrance messianique puisse se produire nous devons nous aussi nous dépasser. La prière, l’étude de la Thora et la pratique de la bonté envers autrui, les trois piliers sur lesquels repose le monde, doivent s’exercer sur un mode nouveau avec une impulsion nous projetant au-delà de nos limites naturelles. C’est ce dépassement de soi qui donnera à D.ieu le désir de délivrer Ses enfants. Comme Il le fit, il y a plus de 35 siècles. 


Notes

(1) Tous ceux qui n’étaient pas circoncis devaient alors accomplir cet acte sur leur personne.

(2) Chap. 7, verset 15

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