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21 Février 2020 | 26, Shevat 5780 | Mise à jour le 19/02/2020 à 18h14

Rubrique Moyen-Orient/Monde

L’Iran défié

Qassem Soleimani (DR)

L’élimination de Qassem Soleimani par les Américains rebat les cartes du Proche-Orient. Téhéran annonce la reprise de son programme d’enrichissement d’uranium sans limitation. Et cherche comment reprendre la main sans déclencher la guerre.

L’Iran n’avait probablement plus déployé un tel faste et une telle pompe depuis les funérailles de l’ayatollah Khomeiny. Les obsèques de Qassem Soleimani se seront déroulées sur trois jours entiers, sans compter l’hommage qui lui a été rendu en Irak même. L’élimination du commandant de la force al Qods le 3 janvier dans une frappe aérienne américaine près de l’aéroport de Bagdad, n’a pas fini de secouer l’Iran et la région tout entière. Personne à Téhéran n’imaginait qu’un des hommes les plus  puissants du régime chiite subirait le même sort que le chef d’Al Qaeda  ou de celui de Daech. Et ce n’est surement pas parce qu’il manquait d’ennemis. 

Depuis 1998 à la tête de la force al Qods, l’antenne des Gardiens de la Révolution pour toutes les opérations hors d’Iran, Soleimani est apparu dans le viseur des Américains à partir de 2003, lors de l’invasion de l’Irak. Au Liban, c’est Qassem Soleimani qui était à la manœuvre lors de la guerre qui a opposé Israël au Hezbollah en 2006. De son propre aveu, il n’avait pas quitté le PC de Nasrallah pendant toute la durée du conflit, supervisant les actions de la milice chiite libanaise. Avec l’éruption du Printemps arabe, on retrouve le commandant de la force al Qods partout où les régimes vacillent, toujours en Irak, mais aussi en Syrie. Même s’il partage un ennemi commun avec les Américains - les djihadistes sunnites de Daech - Soleimani ne perd pas de vue son objectif : étendre la zone d’influence chiite et en écarter tous les obstacles. Il a poussé ses pions jusqu’en Afghanistan, au Yémen et même à Gaza. Depuis que les Etats-Unis s’étaient retirés en 2018 de l’accord de Vienne sur le programme nucléaire iranien, l’Iran avait multiplié les provocations jusqu’au raid contre une base américaine en Irak, ligne rouge pour le président Trump, qui ordonnait alors l’élimination de Soleimani.


Représailles contre les USA

L’Iran annonçait le 5 janvier la levée de toute limitation sur l’enrichissement d’uranium. Même si la mesure ne prendra pas effet instantanément, elle donne une idée claire de ce que représente pour Téhéran l’élimination de son chef militaire et l’ampleur qu’il entend donner à sa vengeance. On peut envisager quatre directions possibles, considérant que l’Iran ne cherche pas le conflit global. Des frappes contre les forces américaines basées au Proche-Orient et en particulier en Irak. L’attaque d’objectifs américains dans le monde. Une cyberattaque majeure contre des infrastructures américaines ou occidentales. Et enfin, des représailles dirigées contre les alliés des Etats-Unis dans la région. L’Iran l’a déjà fait contre l’Arabie Saoudite. Il peut le faire contre Israël, directement ou via le Hezbollah. Mais à Téhéran, on sait que la force de dissuasion israélienne peut être au moins aussi douloureuse qu’une frappe américaine.

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