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29 Mai 2020 | 6, Sivan 5780 | Mise à jour le 28/05/2020 à 09h56

Chabbat Nasso : 21h31 - 22h56

Rubrique Communauté

Bruno Fiszon : « On constate un durcissement des services vétérinaires »

(DR)

Déjà conseiller du Grand rabbin de France pour les questions d’abattage, et représentant du Consistoire au Comité National d’Éthique des Abattoirs, Bruno Fiszon a été récemment nommé référent européen pour ces sujets-là. Il dresse l’état des menaces qui, depuis l’interdiction de l’abattage rituel dans deux des trois régions de Belgique, planent sur la production de viande cachère.

Actualités Juive : Il y a un an, la Cour de justice européenne a reconnu que l’abattage des bêtes sans étourdissement préalable ne pouvait être compatible avec le label bio. Quels ont été, pour la viande cachère, les effets de cette décision ? 

Rabbin Bruno Fiszon : Cet arrêt dit qu’il est impossible de considérer que la viande issue d’un animal abattu rituellement soit considérée comme bio parce que la méthode d’abattage constitue «une souffrance ». Si nous n’étions initialement pas concernés par cette décision de justice puisque nous ne produisons pas de viande cachère bio, cet arrêt marque un tournant puisque c’est la première fois qu’une juridiction de cette importance valide le fait que l’abattage rituel est source de souffrances supérieures à celles que provoque l’étourdissement.

C’est là un problème d’un point de vue moral. Problème qui entraîne, sur le terrain, un certain nombre de conséquences. Forte de cette décision, l’OABA [l’œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs] essaie désormais de s’attaquer au Label rouge pour essayer d’empêcher que celui-ci soit apposé sur des viandes issues de l’abattage rituel. Une telle décision porterait évidement préjudice puisque nous produisons de la viande cachère portant ce label. 


A.J.: Ressentez-vous sur le terrain davantage de pression pour empêcher l’abattage rituel ? 

B.F. : On constate un durcissement des services vétérinaires qui ont désormais tendance à modifier leurs critères relatifs à la perte de conscience de l’animal en vue de laisser penser que la bête va agoniser longtemps. Différents critères objectifs permettent d’évaluer le temps au bout duquel l’animal perd conscience. Parmi eux, le réflexe réactif à un mouvement, au niveau de l’œil de la bête ou bien, le réflexe cornéen qui disparaît beaucoup plus tardivement. 

 Si l’on prend l’un ou l’autre des réflexes, on établira que la perte de conscience est plus ou moins longue. Ainsi si on tient compte uniquement du réflexe cornéen, on risque de dépasser le temps recommandé par les diverses notes et décrets pour la perte de conscience chez un bovin .Les services vétérinaires ont dès lors l’obligation de “tirer “sur l ‘animal avec un pistolet à tige perforante ce qui aujourd’hui le fait sortir de la filière cachère. Chez les ovins et les volailles nous ne rencontrons pas ce genre de problème. Ces animaux perdent très rapidement conscience (moins de 14 secondes chez les ovins quelques secondes chez les volailles). Chez les bovins les résultats sont variables et si on utilise un autre réflexe (le réflexe de la réaction à la menace), le temps de perte de conscience est acceptable inférieur à 60 secondes. D’où la nécessité de se rendre sur chaque abattoir pour discuter des critères physiologiques qu’il convient d’utiliser. 

 

A.J.: Que dire du travail de sape de l’abattage rituel que mène l’OABA ? 

B.F. : Avec la Fondation Brigitte Bardot, elle représente la principale organisation de défense des animaux d’abattoir mais dispose d’une force supplémentaire puisqu’elle a été reconnue d’utilité publique. Elle peut ainsi entrer dans tous les abattoirs, prendre la parole partout et bénéficie de relais au niveau européen.  Elle mène une importante campagne auprès des professionnels et il est compliqué sur la scène médiatique d’apporter la réplique. On sent bien que du côté de ces organisations, l’interdiction pure et simple de la Shehita est à l’ordre du jour. La décision prise par la Belgique les renforce dans leur travail de militantisme. 

L’OABA mène une campagne de lobbying pour aboutir à l’étiquetage de la viande abattue rituellement. Le fait que nous ne consommons pas l’intégralité de la viande que nous abattons (ni les rejets ni les parties arrières des bêtes) constitue l’un de ses arguments. Sa campagne commence à trouver un certain écho auprès des professionnels. D’où la nécessité d’expliquer, sans relâche, que notre viande est identique au niveau sanitaire à toute autre viande. Qu’il ne s’agit pas d’une viande «religieuse », sur laquelle il y aurait eu des incantations. Et enfin, que l’abattage rituel juif ne provoque pas davantage de souffrances animales que les techniques d’étourdissement qui sont loin de faire l’unanimité. 


« Une campagne de lobbying pour aboutir à l’étiquetage de la viande abattue rituellement »


A.J.: Avec Shimon Cohen pour le Royaume-Uni, la conférence des Rabbins européens vous a nommé référent officiel des questions d’abattage. Qu’est-ce que cette nomination va changer dans votre travail de terrain ? 

B.F. : Cela va permettre d’être plus vigilant encore sur les décisions qui sont prises au niveau européen. Sachant que la Conférence des rabbins européens est accréditée auprès de l’Union européenne, cette nomination confère une carte de visite qui nous permettra, en cas d’alerte, de nous rendre directement pour plaider notre cause au Parlement européen. Le sujet du bien-être animal est un sujet à la mode, qui représente régulièrement un enjeu électoral.

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