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02 Juillet 2020 | 10, Tammuz 5780 | Mise à jour le 02/07/2020 à 08h54

Chabbat 'Houkat - Balak : 21h38 - 23h01

Rubrique Israël

Marc Touati : « A ses niveaux actuels, le shekel est trop cher par rapport à la réalité économique d’Israël »

Économiste, Président du cabinet ACDEFI, auteur de plusieurs best-sellers économiques dont « Un monde de bulles »*, Marc Touati analyse les conséquences de cette dépréciation de l’euro sans précédent par rapport au shekel.

Actualité Juive: L'euro - qui vient de perdre près de 3% par rapport au dollar depuis le 1er janvier - est tombé à son plus bas niveau face au shekel depuis 18 ans. Est-ce une nouvelle dont il faut se réjouir ? 

Marc Touati : Tout dépend pour qui. Bien sûr, ce renchérissement du shekel confère un regain de pouvoir d’achat pour les touristes et les investisseurs israéliens à l’étranger. Ils peuvent donc faire leurs « emplettes » plus facilement à travers le monde. De même, un shekel fort réduit le prix des produits importés en Israël, ce qui permettra de réduire l’inflation israélienne.

Hormis cela, le shekel trop fort est une mauvaise nouvelle pour tout le monde. En effet, à ses niveaux actuels, le shekel est trop cher par rapport à la réalité économique d’Israël et ce tant face au dollar qu’à l’euro. Dès lors, les exportations israéliennes vont souffrir. N’oublions pas qu’elles représentent 30 % du PIB israélien. De même, un shekel trop fort va réduire les flux d’investissement vers Israël. Au total, la croissance israélienne pourrait être réduite de 10 % à 20 % dès 2020. 

Enfin, pour les personnes qui vivent en Israël et qui ont des revenus en devises étrangères, la perte de pouvoir d’achat devient dramatique.


A.J.: Face au shekel, cette baisse de l'euro peut-elle encore se poursuivre ? 

M.T. : Malheureusement oui. Il faut savoir que la parité euro/shekel est une résultante de deux évolutions : de celle de la parité euro/dollar et de celle du dollar/shekel. Or, l’euro va continuer de baisser face au dollar, notamment à cause d’une croissance économique de plus en plus faible sur le Vieux continent. À l’inverse, avant que les effets évoqués plus haut se produisent, le shekel restera dans une « bulle » : les investisseurs, notamment américains, demeurent galvanisés par les bonnes performances passées de l’économie israélienne, par la puissance de son innovation et par la technologie de ses « start-up ». De plus, compte tenu d’une puissance financière limitée, la banque d’Israël n’a pas les moyens de contrecarrer la vague spéculative internationale qui sévit sur le shekel. Il faudrait qu’une autre banque centrale l’aide, la Reserve fédérale américaine par exemple ou la BCE. L’atteinte d’un niveau de 3,50 shekels pour un euro est donc possible, même si, par la suite, nous reviendrons vers un niveau de 4,50, qui est le niveau justifié sur la base des fondamentaux économiques.


«Les exportations israéliennes vont souffrir. Elles représentent 30 % du PIB israélien»


A.J.: L'impact pour les Français d'Israël, et notamment les retraités dont les pensions sont versées en euros est énorme. Peut-on le quantifier ? 

M.T. : Il est clair que pour les retraités français installés en Israël et qui touchent leurs pensions en euros, la douche est froide, pour ne pas dire glacée. En dix ans, leur pouvoir d’achat s’est effondré de 30 % uniquement à cause de la dépréciation de l’euro par rapport au shekel, sans oublier qu’ils doivent également faire face à une inflation notable, notamment des produits alimentaires en Israël. La sanction est la même pour ceux qui vivent en Israël mais ont des revenus en euros. 


A.J.: Quel peut être l'impact de cette baisse de l'euro sur les acquisitions immobilières en Israël ? 

M.T. : Il est à peu près le même que celui que nous venons d’expliquer, avec en plus, une flambée des prix immobiliers dans certaines villes d’Israël depuis plus de quinze ans. Cette vigueur excessive du shekel face à l’euro risque donc de limiter les acquisitions immobilières des ressortissants eurolandais en Israël. Ce qui freinera fortement l’augmentation des prix de l’immobilier israélien, qui, lui aussi est entré dans une bulle. Un effondrement des prix n’est cependant pas envisageable, dans la mesure où le marché immobilier israélien reste      « petit » pour une demande mondiale toujours très forte.


A.J.: Les exportations des fruits et légumes en provenance d'Israël sont elles impactées par ce shekel fort et cet euro faible ? 

M.T. : Toutes les exportations israéliennes vont souffrir à cause du shekel fort, à commencer par les produits à faible valeur ajoutée et notamment les fruits et légumes. Seuls les biens et services liés au High-Tech devraient être protégés en partie, car leurs achats sont moins liés à leurs prix qu’à leur qualité hors pair. 


* Éditions Bookelis

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