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04 Décembre 2020 | 18, Kislev 5781 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Rubrique Judaïsme

Tou Bichvat : Les fruits de la Torah

Les Juifs de par le monde fêteront Tou Bichvat du dimanche 9 février au soir au lundi 10 février 2020. Le Nouvel an des arbres recèle une grande symbolique dans la tradition juive. C’est au troisième jour de la semaine originelle que les arbres fruitiers et leur production habitent le récit biblique. La Torah évoque quantité de fruits dans de multiples cadres.

L’arbre fruitier en tant que tel apparaît de façon problématique sur la scène du monde. En effet, D.ieu avait ordonné à la terre de produire « un arbre-fruit » c'est-à-dire un arbre dont le goût serait semblable à celui du fruit (cf. Beréchit 1, 11). Mais la terre s’écarta de l’injonction divine et produisit « un arbre qui produit un fruit » et non un arbre-fruit. C’est toute la question des moyens et des buts qui est posée ici. L’arbre-fruit, souhaité par D.ieu, est un système où les moyens de parvenir au but (le tronc, les branches) reflètent déjà la légitimité de l’objectif à atteindre car le but ne saurait justifier les moyens. Mais la dimension terrestre choisit un autre chemin : l’arbre donnera des fruits mais ne le sera pas lui-même, laissant deviner que le mal commis pourrait servir le bien. La tradition talmudique nous a déjà avertis : l’accomplissement d’un commandement provenant de la transgression d’un autre n’est pas valide. On retrouvera l’expression «fruit-arbre » dans Vayikra (23, 40) qui désigne le cédrat (le cédrat compose, avec trois autres éléments végétaux, le bouquet de Souccot). Rachi commente : « Un arbre dont le goût de son bois est semblable à son fruit ». Le Rav haMalbim explique que le cédrat possède une particularité : celle de se nourrir tant des racines de son arbre que des organismes de l’arbre lui-même.  

Un peu plus tard, dans la sidra de Beréchit, il est question du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal qu’Adam n’a pas le droit de consommer. Ce fruit représente le mélange des valeurs, la confusion du bien et du mal. Sa consommation sonne telle la revendication humaine de substituer son regard à celui de D.ieu, à déterminer lui-même le bien et le mal, rejetant l’absolu des définitions morales provenant du Créateur. Citons ici le commentaire de Rachi (sur Gen 3, 7) qui rapporte au nom du Midrach que le fruit de l’arbre de la connaissance était une figue. Preuve en est : quand Adam et ‘Hava dissimulent leur nudité, ils utilisent des feuilles de figuier : C’est ce avec quoi ils ont abîmé qu’ils doivent réparer.


D’après Rachi, le fruit de l’arbre de la connaissance était une figue


Dans la sidra de Noa’h, la colombe, envoyée par Noé, pour s’assurer de l’assèchement des eaux, revient avec une feuille d’olivier dans le bec (Genèse 8, 11). Ce rameau avait une signification bien précise révélée dans le Talmud (Erouvine 18b) : la colombe a souhaité dire à D.ieu : « Je préfère que ma nourriture soit amère telle l’olive et qu’elle vienne de toi plutôt qu’elle soit douce et provienne des hommes ! ». Il est question ici de la dignité ressentie à l’idée de savoir que l’on est autonome. Ne pas créer la nouvelle humanité sur l’assistanat mais au contraire, sur la possibilité offerte à chacun pour avancer dans la vie.

Quand beaucoup plus tard, dans le récit biblique, les explorateurs, partis visiter le pays d’Israël, reviennent au campement, resté dans le désert, ils apportent avec eux une immense grappe de raisin, des grenades et des figues (Nb 13, 23). L’une des injonctions qui s’impose à l’agriculteur est d’apporter, chaque année, les prémices des sept fruits qui cosntituent la gloire de la terre promise. La Michna de Bikourim (3, 1) expose la procédure :  « L’homme descend dans son champ et voit une figue qui a mûri, une grappe de raisin qui a muri, une grenade qui a mûri, il l’attache avec un jonc et déclare : « Ce sont là les prémices » ». Les fruits évoqués dans cette Michna sont précisément ceux-là mêmes que les explorateurs ont utilisés pour médire du pays promis. La Michna reprend donc les éléments de la faute pour leur offrir une dimension positive.

Dans le livre de Chemot, la Torah décrit les dix plaies qui s’abattent sur l’Egypte. Concernant la plaie des sauterelles, le texte biblique dit : les sauterelles « consommèrent toute l’herbe de la terre et tous les fruits de l’arbre que la grêle avait épargnés » (Exode 10 15). La destruction de la dignité d’autrui, son asservissement, ne peuvent avoir que des conséquences néfastes même sur l’environnement.


« Une terre de blé, d’orge, de vigne, de  figue, de grenade, d’olive et de miel »

De la terre promise aux patriarches, la Torah nous dit (Devarim 8,8) qu’elle est une « terre de blé, d’orge, de vigne, de figue et de grenade, une terre d’huile d’olive et de miel [de date] ». La répétition du terme « terre » renvoie à une double dimension, à une double relation que les enfants des patriarches entretiennent avec la terre ancestrale. En effet, s’il est question des fruits eux-mêmes dans la première partie du verset, il est question du contenu pour les derniers fruits (huile d’olive et miel de date). Le peuple entretient ainsi un lien de type extérieur avec sa terre et aussi un lien d’intériorité, un attachement de l’âme.

Il faut aussi citer le Lévitique (25) où la Torah enjoint la prescription de chemita : « Six années, tu ensemenceras ton champ et six années tu tailleras ta vigne… Mais la septième année, ce sera le Chabbat de la terre ». L’homme se souvient ainsi qu’il n’est pas le propriétaire du sol.

Dans le livre de Bamidbar (17, 23), la Torah relate la révolte de Kora’h contre Moché. Dans ce cadre, le bâton d’Aharon devait jouer un rôle révélateur concernant le choix divin porté sur lui en tant que Grand Prêtre. Le verset dit : « Le bâton avait fleuri… il y avait germé des boutons, éclos des fleurs, mûri des amandes ». Rachi explique : l’amende est l’un des fruits qui murissent le plus rapidement. Ainsi, en est-il de la sanction qui doit s’abattre sur les contestataires d’Aharon ; elle surgira rapidement. Le mal n’est pas tolérable. Chekédim désignent des amandes. Le terme provient de la racine CH,K,D, qui veut dire : être assidu, s’appliquer.

La Torah interdit, dans le livre de Devarim (20, 19) de détruire un arbre fruitier et rappelle à cette occasion que « l’homme est un arbre des champs » c'est-à-dire que lui aussi est appelé à donner des fruits c'est-à-dire ses bonnes actions accomplies dans le monde. Rappelons l’enseignement selon lequel l’homme est un arbre à l’envers c'est-à-dire que ses racines sont aussi spirituelles et que ses fruits se déploient dans ce monde. 

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