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24 Septembre 2020 | 6, Tishri 5781 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Chabbat Haazinou - Chabbat Chouva : 19h06 - 20h09

Rubrique Judaïsme

Parachath Michpatim : Entre deux mondes

(pixabay)

Depuis Béréchith, la première paracha, la Thora déroule devant nos yeux, une histoire linéaire où chaque texte s’enchaîne au suivant dans une parfaite logique. Pour la parachath Michpatim, cette règle n’est plus respectée. Rien, en effet, ne rapproche cette paracha de la précédente dans laquelle nous avons lu le récit des dix commandements. Et pour cause : Ytro nous élevait vers le ciel quand D.ieu se révélait au monde alors que Michpatim nous descend vers le monde et ses préoccupations quotidiennes ! Pourtant, une petite lettre va venir faire la jonction entre ces deux textes que tout oppose.

Nous allons, dans un premier temps, définir globalement ces deux textes pour comprendre pourquoi ils s’opposent. La parachath Ytro que nous avons lue la semaine dernière, nous propulse vers les mondes supérieurs, vers une conception très « aérienne » du divin. Le Talmud nous rapporte que lorsque D.ieu parlait, l’âme de chaque Juif quittait le corps, saisi par l’extase spirituelle. D.ieu était alors contraint de ramener les âmes dans les corps. S’il fallait résumer cette paracha, nous dirions que Ytro symbolise le Haut. Michpatim, en revanche, évoque le monde d’en Bas. Cette paracha compte cinquante-deux commandements qui nous ramènent sur terre avec des lois sur les dommages entre individus, sur la justice, sur nos relations avec le monde, etc. Mais cette dualité n’est cependant pas si étanche puisqu’une petite lettre, la conjonction « et », va rapprocher les deux parachioth.  Le texte de Michpatim commence, en effet, par les mots  « Et voici les lois (Michpatim) que tu placeras devant eux.. ». Et l’enseignement qui s’en dégage est essentiel : spirituellement et intellectuellement, la Thora est très belle et je peux convenir aisément qu’elle est parfaite. Mais je dois la mettre (dans ce monde) en pratique et cet « atterrissage » exige de moi, l’anéantissement de mon moi ! Mettre de côté ma volonté, mes désirs, ma nature pour accomplir celle de D.ieu. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la parachath Michpatim commence par les lois relatives à l’esclave juif, un homme qui doit se soumettre à son maître. Pour nous rappeler cet impératif, la Thora placera un petit « et » entre ces deux textes : en théorie, la Thora peut être très belle mais elle n’aura aucune valeur si elle n’est pas suivie d’une pratique.


L’étincelle du Sinaï

Mais il y a plus. L’implication dans le monde matériel présente un risque. La matière n’a pas d’âme. Elle est froide et rigide et de ce fait, peut conduire au détachement. On peut facilement oublier l’origine divine de l’acte que l’on accomplit. On doit donc, à chaque instant, faire l’effort de se rappeler que la Thora n’est pas un ensemble de conventions sociales mais qu’elle tire son origine du Sinaï où D.ieu se révéla pour donner la Thora. Comment doit se traduire chez nous cette origine divine ? Le texte nous rapporte que la Thora fut donnée avec des éclairs et des tonnerres. A comprendre ainsi : lorsqu’un homme prie, étudie ou pratique une mitzva, il doit introduire du feu et du bruit dans ce qu’il fait. L’étincelle du Sinaï doit pénétrer la sécheresse de chacun de nos actes.


Devant eux

A partir de là, il est possible de comprendre la précision de notre verset qui spécifie « devant eux ». « Et voici les lois que tu placeras devant eux ». Rachi s’interroge sur la nécessité de ces mots. Il est évident que Moché doit placer les lois devant eux (les enfants d’Israël) ! Et le commentateur de répondre : eux, ce sont ici, les juges d’Israël. Il faut placer les lois devant eux, les juges d’Israël et non devant les juges des nations et cela même si les lois des nations sont les mêmes que celles d’Israël. Parce que l’origine de ces lois n’est pas la même : si un non-Juif ne vole pas, c’est par respect des conventions sociales. Si, par contre, un Juif ne vole pas, c’est parce que D.ieu nous l’a ordonné. C’est la fonction du « et ». Relier constamment nos lois à leur origine divine.

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