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03 Décembre 2020 | 17, Kislev 5781 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Rubrique Communauté

Milo Adoner, l’honneur juif incarné s’en est allé

Lors de l'office célébrant la libération d'Auschwitz à la synagogue Charles liché. (DR)

Notre ami Milo Adoner, né à Paris en 1925, Officier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur, Chevalier dans l’Ordre National du Mérite, nous a quittés le mercredi 4 mars à l’Hôpital Bichat, entouré de sa femme Suzy, et de ses deux filles Arlette et Laure.

Cette perte nous fait mal. Ce « Mentsch » au parler vrai, l’air bourru, cachait une infinie tendresse. Il était l’honneur Juif incarné. Doté des plus hautes qualités humaines saupoudrées d’humour corrosif et de joie de vivre, Milo emportait notre affection. Du plus anonyme, au plus notoire, chacun l’aimait. On ne saurait compter les entités Juives pour lesquelles il s’investissait de toutes ses forces. A commencer par la Shoule de la Place des Vosges, où avec le Rabbin Liché, il augura sous l’égide de la présidence de Maurice Rajade, des autorités du Consistoire, et de l’Association de Blechhammer, la cérémonie marquant la libération d’Auschwitz, le 27 janvier 1945, fidèlement reprise par le Grand Rabbin Olivier Kaufmann

   Natif du Pletzl, l’enfance de Milo fut douce, avec ses 5 frères et sœurs, au cœur de l’Ile Saint-Louis, où la vie s’écoulait sous le signe de la convivialité avec ses voisins, à deux pas de la Seine, où il se baignait l’été. Et, puis survint le tournant tragique. Le 23 septembre 1942, il fut raflé avec les 112 habitants, dont 40 enfants de l’immeuble de la Fondation Halphen du 10/12 de la rue des Deux-Ponts. La plupart étaient Français et pour nombre d’entre eux, descendants de combattants de la Grande Guerre. Après une nuit passée au poste, chacun fut transféré à Drancy, et quelques jours plus tard, soit le 28 septembre, sonna l’heure du départ pour Auschwitz par le convoi 38, dans des conditions insoutenables, selon les propres mots de Milo. Avant d’arriver à Auschwitz, Milo et son frère furent sélectionnés en gare de Kosel pour servir d’esclaves dans 13 ou 14 camps de travaux forcés dont Sakrau, Greiditz, Blechammer et puis Birkenau, où Milo fut affecté au Kommando du vidage des tinettes. Après Birkenau, il gagna Buchenwald, et Nider-Orchel, où il fut libéré en avril 1945 par l’Armée de Patton. Seul Milo et sa sœur, revinrent de l’enfer. Tous ses amis du Pletzl furent exterminés. Aussi, s’était-il fait un devoir sacré de perpétuer leur mémoire dans le 4ème en fondant avec son Maire Lucien Finel, fils de déporté, les Korman, les Elwasser, et d’autres : « l’Association des Amis du Pletzl », et institua  lors de la Journée de la Déportation avec le Comité d’entente et ses différents élus, une cérémonie d’hommage aux victimes devant le 10/12 rue des Deux-Ponts et l’autre au pied de l’Ecole St Gervais, dirigée par le Juste Joseph Migneret, dont les noms des 260 élèves déportés et assassinés, étaient rappelés un à un par Milo, la voix étouffée de sanglots. Avec une abnégation sans faille, ce Mentsch dispensa également son témoignage auprès des jeunes générations, tant au Mémorial, qu’à la Place des Vosges sous l’autorité du Grand Rabbin Olivier Kaufmann, où à la Victoire, en allumant une bougie et en transmettant la Torah avec Félix Loeb. Son combat ne connut aucune limite. Que ce soit avec les Klarsfeld et « les Fils et Filles », ou auprès des associations de déportés, dont « Blechammer Auschwitz III, » qu’il présidait, Milo était toujours là. Ce combat, il le mena avec Suzy à ses côtés, elle-même fille de déportés. En sus des siens il y avait aussi son autre famille, ses frères de Blechhammer et leurs épouses, dont le rabbin Charles Liché et Odette, Georges Ostier, Addy, Mouniou, André, Raoul, Charles, Marcel et Julia, Fanny, Glouglou et Zalie, et tant d’autres, qu’il emmenait chaque mois de mai en Israël, où j’eus le privilège de participer, qui restent gravés comme la victoire de la vie sur la mort. Aujourd’hui, existe un « fond Adoner » constitué d’entretiens radio, d’articles et de films, dont « la communale au cœur » réalisé avec le concours amical d’André Chomand, qui sera remis, comme je m’y suis engagé, au Mémorial de la Shoah. 


Avec la perte de Milo, c’est tout un pan d’Histoire qui disparaît. 


Mais restera son aura de guerrier, dont l’héritage continuera à vivre dans le cœur des siens, des jeunes, et de ses amis.

Le 6 mars, ses obsèques se sont déroulées à Bagneux, en présence des porte-drapeaux, des FFDJF, de Drancy et de Birkenau, d’une foule impressionnante d’amis, de survivants de la Shoah, où ne manquait aucun responsable et président des institutions juives, en particulier le CRIF, le Consistoire, le Mémorial, la FMS, le FSJU, l’UDA, la Grande Synagogue de la Victoire, la synagogue des Tournelles, ainsi que de nombreux élus du 4ième et de la capitale. Le Grand Rabbin Olivier Kaufmman, bouleversé, trouva les justes mots pour évoquer « le lien spirituel, cette flamme juive, ce lien de la fidélité au Zahor, qui l’unissait à son Mentor et « gardien protecteur », doté d’une exemplarité rare imprégnant toutes les générations », avant de céder la parole à Ariel Weil, Maire du 4ème qui rappela « combien il avait été fier avec ses élus et le comité d’entente d’avoir été aux côtés de Milo lors de son combat contre l’oubli …» Enfin, ce fut au tour de sa fille Arlette, et les deux petites filles, écrasées de chagrin, qui exprimèrent leur amour et leur déchirure face à une assistance en larmes…

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