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03 Avril 2020 | 9, Nisan 5780 | Mise à jour le 03/04/2020 à 17h15

Rubrique Culture/Télé

Malaise aux César

Emmanuelle Berot et Claire Denis remettaient le César du meilleur réalisateur à Roman Polanski

Autour du Prix du réalisateur remis à Roman Polanski pour « J’accuse » le palmarès des César 2020 a divisé comme jamais.

Fin janvier, à l’annonce des nominations, des protestations surgissent contre la sélection de « J’accuse » de Roman Polanski. En novembre, la photographe Valentine Monnier accusait Polanski de l’avoir violée se joignant à onze femmes. Dix d’entre elles avaient moins de 18 ans à l’époque des faits. Le cinéaste réfute ces accusations, même si les témoignages sont prescrits. La mobilisation est mûre pour la cérémonie de vendredi dernier. Collages anti Polanski, protestations devant la salle Pleyel qui se poursuivra jusqu’au dîner au Fouquet’s en regard du Palmarès. L’équipe de « J’accuse » a donc décidé avec regret de s’absenter et en amont l’Académie des César de démissionner notamment pour cette raison. Sur scène, Florence Foresti enchaîne les plaisanteries sur Polanski, allant jusqu’à présenter l’œuvre comme un film sur la pédophilie dans les années 70. Heureusement, Sandrine Kiberlain, présidente de cette 45ème édition, un excellent cru, souligne avec vigueur que « J’accuse » montre  « les ravages que font l’antisémitisme jusqu’à aujourd’hui ! ». Ce qui n’empêche pas, après le Prix du costume pour « J’accuse », Jean-Pierre Daroussin quand il découvre le Prix de l’adaptation de refuser de prononcer le nom de Polanski et du film.  Plus de quatre mille membres de l’Académie des César ont voté, et la majorité d’entre eux, ont offert à Polanski son 5ème Prix du meilleur réalisateur, déjà honoré par le Grand prix du jury à Venise. La profession n’a pas plié. Ce qui a suscité à la fois de chaleureux applaudissements et la sortie de la salle de plusieurs personnes, dont Adèle Haenel, victime d’abus sexuels, alors adolescente, de la part du cinéaste Christophe Ruggia. Olivier Nakache (« Hors Norme ») a déclaré : « Je comprends que ce César ait irrité des gens au point qu'ils quittent la salle ». Si tous ces actes sont condamnables, on reste surpris de l’absence de réactions pour le Prix du meilleur film « Les misérables ». Belle impression de voir la diversité sur scène, mais où sont les femmes ? Et son réalisateur Ladj Ly, condamné en 2011 à la prison ferme pour séquestration de l’amant de la sœur d’un de ses amis, frappé et menacé, tout comme la femme, qui le rappelle ? Des voix se sont élevées pour protester des récompenses de Polanski, de l’écœurement de Florence Foresti aux regrets du ministre de la Culture, Franck Riester. Mais d’autres, de BHL, en passant par Fanny Ardant, et de très nombreux professionnels ont tenu à saluer ce Maître du cinéma. Asia Argento, pourtant victime de Weinstein, avait déjà précisé que concernant Polanski, elle ne pouvait s’empêcher de saluer l’immensité du cinéaste. Signalons aussi que Dan Levy (The Dø) a décroché le trophée de la Musique Originale pour « J'ai perdu mon Corps », que Yolande Zauberman a reçu le Prix du meilleur documentaire pour « M », une plongée radicale dans Bne Brak et qu’ « Hors Norme » n’a tristement rien obtenu. Alors à l’année prochaine… ?

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