Default profile photo

06 Juin 2020 | 14, Sivan 5780 | Mise à jour le 04/06/2020 à 16h26

Chabbat Béhaalotékha : 21h36 - 23h01

Rubrique Culture/Télé

Emile Bravo : « Le dessin, c’est de l’écriture ! Je dessine pour raconter des histoires »

Crédit : CHLOE VOLLMER-LO

Qui n’a pas lu enfant, le journal de Spirou ? Ce personnage habillé en groom, né en 1938 et son ami le journaliste fantasque Fantasio. Qui imaginerait un jour que Spirou deviendrait résistant et Fantasio « collabo » ? Placé dans le contexte belge de la Seconde Guerre mondiale, le nouveau Spirou réserve bien des surprises. Dans une série de 5 Bandes Dessinées, l’auteur et dessinateur Emile Bravo narre cette histoire incroyable. Rencontre avec l’auteur.

Actualité Juive :  Qu’est-ce qui vous a amené à travailler sur ce projet incroyable ?

Emile Bravo : Dupuis, l’éditeur de Spirou, a lancé, il y a 10 ans, une collection spéciale Spirou avec carte blanche aux auteurs. J’ai écrit et dessiné « Journal d’un ingénu » qui a connu un très grand succès. C’est l’enfance de Spirou qui tombe amoureux d’une jeune juive communiste, la BD s’achève en 1940 au début de la guerre. L’éditeur a demandé une suite qui se déroule naturellement pendant la guerre.


A.J.: Est-ce facile d’imaginer Spirou et Fantasio pendant la guerre ?

E.B : Le groom Spirou est plutôt un aventurier-reporter, cette BD ne parlait pas de politique, c’était mal vu d’ailleurs. Spirou est né en 1938, son premier album sort en 1946, Spirou est la mascotte du journal éponyme. Franquin (auteur aussi de Gaston Lagaffe) a crée l’univers Spirou. Hors, Spirou n’appartient qu’à son éditeur, j’ai donc eu carte blanche pour écrire et dessiner une histoire pendant la Seconde Guerre mondiale, tout en restant dans l’esprit du personnage.

Il s’agissait d’utiliser un personnage populaire pour raconter la grande Histoire. 


A.J.: A la fin du précédent album « Un mauvais départ », Fantasio semblait opter pour la collaboration. Dans « Un peu plus loin vers l’horreur », il revient à une attitude plus résistante, pourquoi lui avoir fait changer d’avis ?

E.B : Fantasio, le journaliste ne savait pas qu’il collaborait. La Belgique avait perdu la guerre, elle était occupée par l’Allemagne et beaucoup de jeunes en 1940 allaient travailler en Allemagne. Il souhaitait gagner sa vie et manger à sa faim car Fantasio mange beaucoup. Heureusement, il rentre vite dans le droit chemin, grâce notamment au tout jeune Spirou qui le ramène à la raison.


A.J.: Comment avez-vous travaillé sur cette époque ?

E.B : Cette époque m’intéresse depuis l’enfance, mon père avait fait la guerre d’Espagne, puis s’était réfugié en France où il avait rencontré ma mère. Il me disait « sans la guerre, tu n’aurais pas existé ! ». Depuis l’âge de 10 ans, je cherche à comprendre, et ce qu’on m’explique, c’est que chacun cherchait simplement à survivre, il y avait peu de héros, d’authentiques résistants.  Pour connaître l’époque de l’occupation à Bruxelles, j’ai utilisé beaucoup le journal de Paul Struye, un résistant qui décrit la vie quotidienne et qui envoie les informations au gouvernement belge en exil. On y saisit l’instant et les mentalités de l’époque. Il sera ministre belge de la Justice à la Libération.


A.J.: Dans cet album, on voit les lois antijuives, l’arrestation de familles juives en Belgique, est-ce complexe de traiter ce sujet dans la BD ?

E.B : Non, bien au contraire. La BD doit servir à cela. J’ai grandi avec la BD, le dessin et ce que j’y ai appris, je l’ai gardé toute ma vie. Plus on apprend tôt, plus cela rentre dans les consciences.  Il est inutile de préserver les enfants. Comme avec les contes, les BD les préparent à la dureté de la vie, de l’époque. La BD doit avoir du fond, comme les films de Charlie Chaplin, qui tout en étant hilarants, sont très politiques et humanistes. L’humour aide à faire passer des messages, à survivre. 

 

A.J.: Que va-t-il se passer dans la troisième partie ?

E.B : On comprend bien que Spirou et Fantasio, après une hésitation sur la situation, optent pour la Résistance, parfois sans même s’en rendre compte eux-mêmes. Ensuite, ils découvrent en cherchant la fiancée de Spirou les drames de la Shoah, les trains de déportés qui partaient de Bruxelles pour Auschwitz où Spirou et des enfants sont entraînés. La prise de conscience est inévitable dans la troisième partie qui sortira fin 2020, puis le dernier en 2021. J’ai écrit la troisième partie, je dois la dessiner maintenant.  Quelques projets d’animation devraient voir le jour autour de cette saga. 


Emile Bravo, « Spirou, le journal d’un ingénu », 80p, 14,5euros

«Spirou, l’espoir malgré tout »,Tome 2, 88p, 16,5 euros «Spirou, l’espoir malgré tout », Tome 3, 92p, 16,5 euros

Les tomes 4 et 5 sont à paraître

Powered by Edreams Factory