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12 Août 2020 | 22, Av 5780 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Chabbat Réé : 20h49 - 21h58

Rubrique France/Politique

François Pupponi : « La France est en train de se fracturer sur la question de l’islam »

C’est une analyse issue de sa connaissance du terrain que décrit l’ancien maire de Sarcelles dans son livre Les émirats de la République. Comment les islamistes prennent possession de la banlieue (Ed du Cerf). Le député qui a rendu sa carte au Parti Socialiste reste un homme de gauche même s’il dénonce les accointances qui permettent à l’islam politique de s’exprimer au grand jour dans certains quartiers. Rencontre.

Actualité Juive: Les partisans de l’islam politique en France ne représentent qu’une minorité par rapport à l’ensemble des citoyens français de confession musulmane. C’est là un point sur lequel vous insistez particulièrement. Comment expliquer que la gauche leur cède tant aujourd’hui ? 

François Pupponi : Parce qu’il s’agit de gens compétents, structurés et militants, parce qu’ils savent faire du lobbying auprès des différentes structures de la gauche en général et de l’extrême-gauche en particulier. Ainsi parviennent-ils à les attirer sur des thématiques de la défense de l’État palestinien ou sur le fait que les jeunes issus de la diversité seraient victimisés. Ce sont des personnes qui savent manier la dialectique et le lobbying, qui arrivent à gagner du terrain auprès des élus et qui, par conséquent, en gagnent aussi auprès de la communauté musulmane. 


A.J.: Comment expliquer le silence de leur communauté d’origine, qui ne serait pas forcément favorable à l’avènement de cet islam politique ?

F.P. : Les gens peuvent avoir du mal à s’opposer par crainte de ce que représentent ces réseaux. La communauté algérienne se souvient de ce qui s’était passé avec le FIS (Front islamique du Salut) il y a une vingtaine d’années. S’opposer à des gens qui sont structurés n’est pas une chose simple non plus. Certains le font et le font plutôt bien, comme j’ai pu le constater à Sarcelles. Et lorsqu’ils le font, ils optent plutôt pour la manière discrète, sans l’affirmer haut et fort. 


A.J.: Comment est-on passé de la gauche « caviar » à la gauche « niquab » comme vous la qualifiez dans votre livre ?

F.P. : Il y a à la fois de l’idéologie et du cynisme. Il s’agit d’une gauche qui s’est laissé convaincre par des discours de victimisation comme celui que peuvent tenir les Indigènes de la République par exemple. Puis, qu’on le veuille ou non, il y a des calculs bassement électoralistes. Se dire que passer un accord avec ces réseaux-là, c’est s’assurer des résultats électoraux. 


A.J.: Vous sentez-vous toujours de gauche aujourd’hui ? 

F.P. : Oui, je suis de gauche parce qu’être de gauche, c’est défendre les personnes les plus défavorisées. Ce que je ne peux pas accepter en revanche, c’est de passer des accords avec n’importe qui pour arriver à ses fins. Il y a des thèmes sur lesquels je suis en désaccord aujourd’hui avec le Parti Socialiste et c’est la raison pour laquelle je m’en suis éloigné. Les choses avaient commencé sous la précédente mandature, lorsque le PS avait fait voter la résolution à l’Assemblée nationale appelant à la création d’un État palestinien. Je m’y étais opposé. J’avais également demandé à ce que dans l’exposé des motifs, on condamne les actes antisémites à l’occasion des manifestations pro-palestiniennes. Cela m’avait été refusé. Je pense que la cassure vient de là. 


A.J.: Comment jugez-vous les récentes déclarations d’Emmanuel Macron sur le séparatisme islamiste ?

F.P. : Le discours de Mulhouse du chef de l’État me convient parfaitement. J’attendais du chef de l’État une position claire sur sa lutte contre l’islam politique, ce qu’il a bien exprimé. Reste désormais un grand discours fondateur pour l’islam de France. Je pense que le président devrait s’adresser aux Musulmans de France qui ne posent aucune difficulté, qui respectent les lois de la République et qui ont besoin d’une parole. La France est en train de se fracturer sur la question de l’islam. Un grand discours pour rassurer les Français de confession musulmane est nécessaire. 


« Une gauche s’est laissé convaincre par des discours de victimisation »

A.J.: Vous disséquez le cas de Garges-lès-Gonesse. Une localité du Val-d’Oise où le succès de l’UDMF, l’Union des démocrates musulmans français, tient aussi à la faible inscription sur les listes électorales et au faible taux de participation. Comment faire pour que cela change ? 

F.P. : C’est là un vrai sujet car cela signifie que peu d’électeurs votent et décident de l’avenir d’une commune. Il faudra réfléchir à l’avenir à l’obligation de voter et aux combats politiques que les candidats républicains devront mener pour convaincre les électeurs de voter pour eux. D’ici là, je crains que les prochaines élections municipales marquent l’avènement d’un certain nombre de candidats qui se revendiqueront de l’islam politique et feront peser leur vision des choses sur les décisions qui seront votées dans leurs communes.

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