Default profile photo

03 Avril 2020 | 9, Nisan 5780 | Mise à jour le 03/04/2020 à 17h15

Rubrique Israël

Mission Impossible 3 : un gouvernement pour Israël

Benny Gantz et Avigdor Lieberman tiennent une déclaration commune après leur réunion à Ramat-Gan. (Flash90.)

Les options sont connues : union, minorité ou nouvelles élections. Le chef de l'Etat doit encore désigner celui qui aura le premier la charge de former le gouvernement. Le tout dans un climat de fébrilité politique sur fond d'épidémie de coronavirus.

Si Benyamin Netanyahou a plutôt intérêt à attendre, Benny Gantz lui, doit agir vite. Ce qui explique que le leader centriste se soit lancé dans l'improbable entreprise de constituer un gouvernement de minorité. S'il peut aligner le soutien extérieur nécessaire pour un exécutif restreint qui serait opérationnel immédiatement, il doublerait Benyamin Netanyahou avant la ligne d'arrivée. Le président Rivlin n'aurait plus qu'à le mandater pour former la coalition et dans la foulée, le leader centriste obtiendrait la confiance de la Knesset.

Pour y parvenir, Benny Gantz a besoin de s'assurer du soutien de trois groupes : celui des Travaillistes-Gesher-Meretz, celui du parti d'Avigdor Lieberman Israël Beitenou et celui de la Liste Arabe Unifiée. Pour le groupe travailliste, pas de problème, Amir Peretz a déjà donné son accord de principe. Avigdor Lieberman de son côté, a posé un certain nombre de conditions que Benny Gantz a acceptées. Reste le groupe arabe qui est l'enjeu le plus sensible. 

La Liste Arabe, on le sait, est le regroupement de quatre partis avec des positions différentes. Le parti Hadash, émanation du parti communiste, le parti Taal d'Ahmed Tibi, nationaliste et laïc, le parti Raam, islamiste et le parti Balad également nationaliste, mais sans programme ouvertement religieux. Tous sont évidemment opposés à la définition nationale juive de l'Etat d'Israël, à laquelle ils préfèrent l'Etat de tous ses citoyens, sans distinction d'appartenance nationale. Et leur notion de la laïcité est très différente de celle des partis juifs. Au fil des législatures, ces différents partis, représentés à la Knesset, ont coopéré avec les partis sionistes dans le cadre de l'activité parlementaire. Mais ils n'ont jamais encore fait partie ou soutenu une coalition. 

Le dilemme d'une coalition soutenue par la Liste Unifiée est aussi fort pour les partis sionistes que pour les partis arabes. Les premiers craignent que les seconds ne fassent passer leur soutien aux Palestiniens devant les intérêts du pays. Et les partis arabes craignent de se disqualifier aux yeux de la nation arabe en coopérant avec des partis sionistes. 

Même au sein de Bleu Blanc, le projet ne fait pas l'unanimité. Deux élus du parti Telem, le plus à droite des trois partis qui forment la liste centriste, se sont ouvertement opposés à une coalition soutenue par les Arabes. Et sans leurs voix, l'alliance n'aura pas la majorité à la Knesset. 

Benny Gantz s'est donc engagé dans une voie périlleuse, alors qu'il avait assuré, jusqu'à la veille du scrutin, qu'il ne demanderait pas de soutien des partis arabes pour former sa coalition. Son colistier Yaïr Lapid explique quant à lui que c'est la dernière option qui reste si l'on ne veut pas renvoyer le pays à une quatrième élection, car le Likoud rejette le principe d'un gouvernement d'union de rotation avec Bleu Blanc. 


L'impasse politique est plus que jamais une question d'ego


Face à la course centriste, le chef du Likoud attend son heure. Benyamin Netanyahou reste convaincu que le projet de Benny Gantz est voué à l'échec et qu'une alliance "anti-Bibi" même plus forte en nombre, ne fera pas le poids face à un bloc de droite, inférieur mais plus soudé. En dépit de son inculpation et de l'ouverture prochaine de son procès, le Premier ministre sortant continue d'afficher une confiance absolue dans ses chances de former le prochain gouvernement. 

Or, l'impasse politique est plus que jamais une question d'ego. Le capital-confiance entre le Likoud d'un côté et Bleu Blanc et Israël Beitenou de l'autre, semble totalement épuisé. Pourtant, un gouvernement d'union serait la seule option viable pour éviter une quatrième élection, au moment où en Israël comme ailleurs, il faut se battre contre le coronavirus.

Powered by Edreams Factory