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01 Novembre 2020 | 14, Heshvan 5781 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Rubrique Judaïsme

Mevorah Zerbib : « Il y a une leçon de Pourim qui relève de l’irrationnel »

(DR)

Comment comprendre la mise en exergue des sorts lors de la fête de Pourim et les considérer d’un point de vue juif ? Éléments de réponses avec le rabbin de la communauté de la Varenne Saint-Maur.

Actualité Juive :Pourquoi la fête de Pourim s’appelle-t-elle ainsi sachant que ce mot signifie « les sorts », soit une pratique pas qui n’est pas vraiment recommandée par la Torah…? 

Mevorah Zerbib : Je prolongerai cette question en rappelant qu’il s’agit d’une pratique qui était celle d’Aman, l’ennemi par excellence du peuple juif et d’une façon de faire qui sous-entend que le monde peut fonctionner sur un principe de hasard et d’accidentel (mikré). Or, tout le principe de la Providence divine est qu’il n’y a pas de hasard. J’ajouterai enfin qu’il s’agit là d’un mot perse et dont on possède pourtant l’équivalent en hébreu,  à savoir le mot Goral.

Le mot Pourim renvoie donc à l’idée de hasard et d’absence de Dieu. La façon dont les choses s’ordonnent dans son histoire peut laisser croire que c’est bien le hasard qui dirige les choses. Or, c’est tout le contraire dont il s’agit. L’enchaînement des choses qui se sont produites ont permis une autre issue que celle qu’attendait Aman. Il y a donc une double acceptation. Plusieurs possibilités peuvent arriver. Elles dépendent du comportement et du choix de l’homme tout en sachant que c’est Dieu qui dirige l’histoire.


A.J.: Comment définir le mot Mazal et en quoi se distingue-t-il du mot  Pour ?

 M.Z. : Le mot Mazal vient du mot Azal qui signifie avancer, aller et qui fait référence à l’influence des planètes. Le Mazal représente le mécanisme naturel du monde. Lorsque l’on arrive au mois d’Adar, on souhaite en effet que l’on ait un bon mazal et on oppose généralement ce mois au mois de Av, mois de deuil et de la destruction du Temple où le mazal est négatif comme cela est marqué dans le Choulkhan Aroukh. 

Le Mazal c’est donc l’influence des planètes ou, d’après certains, une espèce d’ange gardien qui veille sur les personnes et les choses. 


A.J.: Comment comprendre la phrase « Ein Mazal le Israël » ? 

M.Z. : Cette phrase n’est pas simple. Le Talmud pose la question de savoir s’il y a ou s’il n’y a pas de mazal. L’issue de la discussion laisse penser qu’il y a un mazal, une influence donc, mais l’on possède la possibilité de dépasser cette influence à travers la prière et les comportements que l’on peut avoir. On sait que la bonne santé, les enfants, la parnassa, dépendent du mazal de chacun. Mais l’on possède aussi la possibilité de transformer ce mazal. Il n’y a pas de situation qui ne soit sans solution, sans possibilité de réparation, d’élévation ou de transformation. C’est là tout le principe de Pourim où l’on dit que la situation s’est renversée. Alors qu’Aman voulait faire du mois d’Adar le mois le plus triste de l’année, un mois de catastrophe et de génocide des enfants d’Israël, ce mois va se transformer pour devenir le mois le plus gai et le plus souriant de l’année.

On peut renverser la situation en sachant se remettre soi-même en question. Esther avait invité Mordekhai à ce qu’ils se rassemblent pour jeuner et prier. C’est donc à travers le jeûne, la prière et l’unité que l’on peut transformer les choses. 


« Le livre d’Esther est le seul à appeler, de manière exclusive, les enfants d’Israël des Juifs »


A.J.: Peut-on considérer les jeux de loterie et d’argent, qui relèvent du hasard comme étant autorisés selon la Torah ?

MZ. : Vouloir gagner sa vie sur des bases qui seraient liées au hasard est quelque chose de négatif, sans parler des déviances et des mauvais comportements que cela induit. Ces genres de pratiques et de jeux ne construisent pas le monde. On doit gagner sa vie en œuvrant, en construisant, en donnant et non pas en se fondant sur l’aléa de la chance même si elle peut sourire parfois. 

Quant à la décision du hasard, c’est une décision de Dieu que l’on ne peut pas comprendre et qui dépasse le rationnel. Il y a une leçon de Pourim qui relève de l’irrationnel. Dieu dirige le monde d’une façon que l’on ne peut pas forcément comprendre. Il est remarquable que l’après–fête de Pourim a lieu le chabbath Para qui évoque la procédure de la vache rousse qui permettait de se purifier de l’impureté des morts, un phénomène qui nous dépasse. On parle donc là d’une loi irrationnelle qui dépasse l’entendement humain. Pourim amène donc à Para, qui est l’écho de ces choix qui nous dépassent mais qui sont l’expression de la volonté de Dieu que l’on ne peut expliquer ni argumenter. 


A.J.: Le phénomène des sorts et du hasard se singularise aussi par son absence d’orientation…

M.Z. : En effet. Cela renvoie à l’idée d’une absence de Dieu et l’absence même de son nom dans la Méguila. Or, il est remarquable de constater que le Livre d’Esther est le seul à appeler, de manière exclusive, les enfants d’Israël des Juifs (Yehoudim) alors qu’ailleurs, on parle des enfants d’Israël ou des Hébreux. 

Le terme Yehoudi est aussi mentionné pour parler de Mordekhaï, Ich Yehoudi. Or, dans ce nom, on retrouve les mêmes lettres que dans celui du nom de Dieu avec la lettre dalet en plus. Ce dalet qui permet de prononcer le nom de Dieu sans le profaner. Peut-être faut-il y voir un lien. Le nom de Dieu est absent de la méguila, mais pas le mot signifiant juif, c’est-à-dire celui qui est porteur du message divin.

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