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06 Juin 2020 | 14, Sivan 5780 | Mise à jour le 04/06/2020 à 16h26

Chabbat Béhaalotékha : 21h36 - 23h01

Rubrique Judaïsme

Parachath Ki tissa : Entre moi et l’autre

Reconstitution du Michkane dans le parc de Timna. (DR)

L’existence juive est une tension permanente entre l’intérêt personnel et le souci de la collectivité. Ce paramètre est au centre de notre vie car un Juif cherche constamment la perfection intérieure tout en accordant une place prépondérante à la communauté. Et la question sera presque immédiate : lequel des deux doit primer sur l’autre ? Et curieusement nous ferons appel à la géographie pour proposer une réponse. Mais pas n’importe quelle géographie. Celle du Michkane, le Temple portatif du désert.

Comme notre paracha (1) nous le décrit, il existait dans le Michkane, une sorte de cuve, appelée Kiyor, dont le contenu, rempli d’eau, permettait aux Cohanim de se purifier les mains et les pieds avant de débuter leur service dans le Michkane.  La fonction de cette cuve est évidente pour nos commentateurs mais ce qui les intrigue, c’est sa place : elle était située entre le Mizbéa’h, l’Autel des sacrifices et le Kodech, le cœur du Michkane dans lequel seuls les Cohanim pouvaient entrer. En entrant dans le Temple, on passait d’abord par l’Autel des sacrifices puis, ce n’est qu’après, qu’on avait accès à la cuve de purification. Cette géographie spirituelle sera porteuse de plusieurs enseignements.


Pour atteindre la sainteté


Le premier nous apprend la portée d’une purification authentique. Celle-ci n’est possible qu’en offrant en sacrifice toutes les valeurs matérielles qui gravitent autour de notre vie : pour avoir accès au Kiyor, il faut d’abord passer par l’Autel des sacrifices sur lequel les animaux étaient sacrifiés ! D’aucuns pensent que l’étude de la Thora et la pratique des Mitzvoth sont compatibles avec les plaisirs du monde. Les places du Kiyor et de l’Autel s’inscrivent en faux contre cette démarche intellectuelle. Pour atteindre la sainteté, il faut au préalable sacrifier l’animal qui est en nous et qui ne cherche qu’à tirer profit de la grossièreté des valeurs matérielles du monde.


Un ensemble composite


Mais cet agencement du Kiyor et de l’Autel vient aussi répondre à notre question initiale. L’Autel symbolise la communauté juive et ses tensions puisque sur cet Autel étaient offerts tous les sacrifices des individus et de la communauté. Un Juif pourrait penser que l’isolement et la solitude sont les seules voies possibles donnant accès à la sainteté. Là, encore ici, ces deux éléments du Michkane viennent démentir cette option. La sainteté ne peut faire l’économie de l’autre. Pour atteindre le Kiyor (la purification) il faut d’abord passer par l’Autel (la vie communautaire). Au sein de la communauté, il existe des Juifs en détresse morale ou matérielle, des Juifs qui veulent connaître le judaïsme, des Juifs au caractère difficile, bref un ensemble composite avec lequel il faut vivre et qu’il faut aider. Et cela pour deux raisons : chaque Juif est un frère pour l’autre et l’aide mutuelle que chacun portera à l’autre consolidera l’ensemble. Mais plus encore, la confrontation (même pacifique) avec l’autre affinera notre personnalité et nous élèvera vers une plus grande sainteté. A partir de cette idée on peut comprendre pourquoi notre paracha débute par la Mitzva du don du demi-shekel. Pour se rappeler, entre autres, que chaque Juif n’est que la moitié d’un autre Juif avec qui, il doit constamment chercher à ne faire qu’un shekel entier. 


Note

  1. Chémoth, chap. 30, versets 18 à 21
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