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09 Juillet 2020 | 17, Tammuz 5780 | Mise à jour le 09/07/2020 à 08h22

Chabbat Pin'has : 21h35 - 22h56

Rubrique Communauté

Ecoles juives

Eliahou Bellahsen : « Le protocole sanitaire est trop compliqué à mettre en place »

Eliahou Bellahsen,président de l’Association des Directeurs des Écoles Juives de France (ADEJF) et directeur du groupe scolaire Yabné de Paris (DR)

Alors que la réouverture des écoles a démarré progressivement partout en France depuis mardi, les écoles juives connaissent plus de difficultés que les autres établissements à procéder à leur déconfinement. Explications du président de l’Association des Directeurs des Écoles Juives de France (ADEJF) et directeur du groupe scolaire Yabné de Paris.

Actualité Juive : Selon les chiffres du ministère de l’Éducation nationale, entre 80 et 85% des écoles ont entamé leur rentrée cette semaine. La réouverture des écoles juives est bien en-deçà de ces chiffres. Comment l’expliquer ?

Eliahou Bellahsen : La réouverture des écoles est soumise à la mise en place d’un protocole très strict qui, s’il ne peut pas être mis en ?uvre, empêche la reprise.  Les écoles privées de la communauté juive n’ont pas les mêmes réalités de taille, d’équipement ou d’espace que les autres établissements scolaires, d’où les difficultés à mettre en place ce protocole.

Les écoles juives ne sont pas, non plus, sectorisées, ce qui signifie que les élèves doivent emprunter les transports publics pour s’y rendre, chose qui complique aussi leur reprise. Enfin, joue la réalité de notre communauté où nos parents d’élèves considèrent, pour une grande partie d’entre eux, qu’il est largement préférable de garder leurs enfants à domicile tant que la crise sanitaire n’est pas passée.

Nous faisons donc face à une réalité qui est parsemée. En tant qu’écoles privées, nous ne bénéficions pas vis-à-vis de notre personnel privé de la couverture juridique que promet d’assumer l’Éducation nationale en cas de problème. Ce transfert de responsabilités rajoute des difficultés et nous oblige à faire preuve d’une vigilance encore plus importante.

Il y a également les difficultés liées à la cantine où la distance imposée entre les enfants à l’intérieur d’un réfectoire est, pour nous écoles juives, très difficile à mettre en œuvre. Certaines écoles ont stoppé la cantine ou demandé aux familles d’apporter le repas du midi de leurs enfants. Chose que nous ne pouvons faire, notamment pour des raisons de cacherout.

Reste enfin la distanciation imposée entre les élèves et notamment au moment de leur arrivée à l’école qui pose des problèmes très compliqués à gérer d’un point de vue sécuritaire. On ne peut pas se permettre de demander à nos élèves de faire la queue tout au long de la rue avant de pouvoir entrer dans l’école.



« Toutes les écoles juives ont remboursé les frais de cantine aux familles »


A.J.: Existe-t-il des écoles juives qui ont fait le choix de ne pas rouvrir leurs portes jusqu’au mois de septembre ?

E.B. : Quelques-unes, mais la tendance générale est plutôt d’envisager une réouverture après les vacances de Chavouot, c’est-à-dire à partir du 2 ou du 3 juin. Pour le groupe Yabné que je dirige, l’école primaire va rouvrir dès la semaine prochaine avec un retour ciblé des élèves, c’est-à-dire essentiellement des élèves de CP et de CM2.  

Quant à l’école maternelle, la réouverture immédiate n’est pas à l’ordre du jour. Le protocole sanitaire étant bien trop compliqué à mettre en place.

Pour autant, il faut bien avoir à l’esprit que tous les directeurs cherchent les moyens de rouvrir leurs écoles mais ils se heurtent à un tas de difficultés parfois insolubles. Pour la plupart d’entre eux, ils se concentrent davantage sur un travail d’accompagnement des enfants qui ont des besoins particuliers ou sur des classes charnières particulières, notamment celles de CP et de CM2. La volonté de rouvrir est palpable chez tous les chefs d’établissements. Mais les conditions préalables sont très difficiles à réunir.

En outre, et bien au-delà des écoles juives, tout le monde a conscience que les compétences qui doivent être acquises au cours de ce troisième trimestre devront, pour chaque classe, être reportées sur l’année à suivante.


A.J.: Quelle est la politique des écoles juives sur la question des frais d’écolage au moment du confinement ?

E.B. : Toutes les écoles juives ont remboursé les frais de cantine aux familles ou le feront au prorata des frais réglés pour l’année scolaire. Personne ne peut faire payer un service qui n’a pas été rendu. Quant aux frais de scolarité, un certain nombre d’établissements ont opté pour un remboursement d’une partie de ces frais sur la période concernée. D’autres ont autorisé des règlements partiels de ces frais. Pour autant, je ne crois pas légitime la demande de remboursement total de ces frais de scolarité les mois où il n’y a pas d’école. Une partie de ces frais est consacrée aux salaires des professeurs de kodech et du personnel administratif qui ont continué à travailler. Une autre permet de régler les loyers des bâtiments dont les écoles ne sont pas toujours propriétaires. Le remboursement d’une partie des frais d’écolage dépend donc aussi de la situation financière de chaque établissement.

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