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23 Octobre 2017 | 3, Heshvan 5778 | Mise à jour le 18/10/2017 à 16h53

Judaïsme

Tikoun olam : d’un monde brisé à un monde comblé

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Dans la liturgie judaïque de Yom Kippour, le redoutable et solennel Jour du Grand Pardon, une formule nous semble incarner le projet de civilisation humaine, au cœur de la conscience hébraïque : « Letaken olam be-malkhouth Chaddaï ». Au Moyen Age, ces paroles étaient prononcées seulement au cours des prières du Jour de l’An et du Jour du Grand Pardon, avant de devenir, au cours du temps, l’une des idées-forces de la liturgie quotidienne. La traduction de cette phrase est loin d’être évidente. « Letaken » peut vouloir dire réformer, restaurer, réparer, parfaire. C’est le concept de « tikoun » sur lequel les grands maîtres de la Kabbale, au Moyen Age,  ont beaucoup disserté. 

La traduction la plus fréquente de la formule liturgique serait « restaurer le monde à l’image du Royaume du Tout-Puissant ». Les hommes, tous les hommes, tous les habitants de notre planète, sans aucune exception, sont convoqués, pour participer  à l’œuvre de restauration, d’amélioration, de transformation de la terre sur laquelle nous vivons. Ce n’est pas  une convocation exclusiviste, destinée aux seuls enfants d’Israël. C’est un appel universel à agir pour un monde meilleur. 

Dans les écrits de la Hokhmath Ha-Sod (la Sagesse Occulte), le « Tikoun Olam » (Restauration du Monde) est le devoir primordial de l’homme, après la Chute et l’Expulsion du Paradis Terrestre. Le monde a été alors brisé, meurtri, abîmé, dévasté par la faute d’Adam et d’Eve. Toute l’histoire humaine pourrait être interprétée ainsi comme un effort de restauration de l’harmonie perdue. Apparaît ainsi la mission majeure, incontournable, des descendants du couple de la Génèse : sortir du Monde de la Fracture et récréer le Monde de l’Unité. Un monde de paix, de réconciliation, de fraternité à la place d’un monde de conflit, de haine et de destructivité. 

Mais le projet de créer une civilisation nouvelle pour une humanité rassemblée, unifiée, fédérée, comporte un risque gravissime, dont nous trouvons les premières traces dans les écrits de la Bible. Le rêve d’une humanité soudée n’est pas toujours humaniste. Il peut conduire à un cauchemar totalitaire extrême. C’est le cas de la Tour de Babel. Les habitants de la planète semblaient unis autour d’un projet commun : « Toute la terre avait la même langue et des paroles semblables ». Dans cette société du langage homogène, gouvernée par Nemrod, un tyran cruel et persécuteur qui se proclame la divinité suprême incarnée, naît l’utopie délirante d’un espace civilisationnel unique, puissant, voire tout-puissant : « Allons, bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet atteigne le ciel ». Nemrod veut, certes, « restaurer le monde », mais à son image, à l’image du Royaume du monarque prétendu tout-puissant. Le projet mégalomane et chimérique échoue et les  bâtisseurs sont dispersés. C’est la fin du tout premier projet humain de reconstruction du monde : un monde uni, mais sans liberté ! L’idéal nemrodien est l’archétype de tous les systèmes totalitaires du monde, depuis le pharaonisme égyptien jusqu’au national-socialisme du XXème siècle.

L’idée-force de Yom Kippour, à l’opposé de celle du monument babélique, propose une restauration  fidèle  à l’éthique du monothéisme, « à l’image du Royaume du Tout-Puissant ». Un monde d’hommes libres et égaux, affranchis de l’aliénation politique et sociale, avec un seul et unique souverain et juge suprême : le Créateur. Un monde uni autour de vraies valeurs éthiques.

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