Festival du cinéma israélien de Paris

La dixième édition du Festival du cinéma israélien de Paris devrait être à la hauteur d’un public chaque année de plus en plus demandeur. La présence de Limor Livnat, ministre israélienne de la Culture et des Sports et de son homologue français, Frédéric Mitterrand, illustre l’importance que revêt cette manifestation. Coup de projecteur sur la programmation.
Depuis plus de soixante ans, le cinéma israélien a traversé les problématiques rencontrées par la renaissance de ce petit pays : la Shoah, les guerres, le multiculturalisme, la religion. De l’avis des spécialistes, rarement une cinématographie aura été autant liée avec la réalité des événements. Un reproche que l’on a d’ailleurs souvent entendu sur ce septième art par sa noirceur retranscrite. Ses dernières années, le cinéma s’est ouvert à tous les genres, comme reflet de la société israélienne multiforme et non consensuelle. Régulièrement, ces films font les beaux jours des festivals internationaux à qui les prix les plus prestigieux sont décernés.
Fidèle à ses engagements, le Festival du cinéma israélien 2010 agrémentera par son programme encore une fois cet éclectisme. Un «Best of» des meilleurs films présentés au festival depuis dix ans donnera la pleine mesure de l’impressionnante vitalité de la production, des talents révélés et de leur diversité.
Parmi les nouveaux films inédits à découvrir qui rendent compte des dernières productions israéliennes, on trouve « À cinq heures de Paris » de Léon Prudovsky, présenté en ouverture, qui évoque le rêve d’un père divorcé qui espère accompagner son fils à Paris, pour le voyage de sa bar-mitsva, malgré sa phobie de l’avion. Rythmée par les chansons d’Adamo, de Joe Dassin et d’Alain Barrière, se tisse une histoire d’amour impossible entre ce chauffeur de taxi et un professeur de piano, mariée, en partance pour le Canada. Autre tempo avec «Ajami», présenté en clôture, sélectionné dans la course aux Oscars. Ce film de Scandar Copti et Yaron Shani qui pose le regard novateur d’un Arabe et d’un Juif, noue une intrigue policière sans temps mort dans un quartier pauvre de Jaffa soumis aux règlements de compte entre clans. L’entrée en matière, remarquable de justesse, s’apparente au genre documentaire. Pour son retour, Renen Schorr adapte dans «Les solitaires» l’histoire réelle de deux soldats issus de l’immigration russe, accusés à tort d’avoir vendu des armes au Hamas. Il relate, presque dans un huis clos, la lente et violente descente aux enfers des deux soldats dégradés et emprisonnés, les humiliations et la révolte jusqu’au baroud d’honneur. Le scénario, cosigné par Nir Bergman et Shemi Zahrin met l’accent sur l’amitié complexe entre les jeunes Russes dont il livre un portrait attachant. Dans « Loin d’Éden » de Danny Lerner, une même amitié en décalage anime Galia, prostituée, clandestine, victime du chantage de ses souteneurs et Elinor sa jeune voisine, victime, elle, de violences conjugales. Ensemble, elles vont mener une lutte inégale pour s’affranchir. Jorge Gurvich, fin observateur des difficultés d’être des personnes âgées, orchestre dans « Le chat de Mme Moskovitch », la rencontre de son héroïne, une veuve, professeur de français retraitée et d’un ancien joueur de football, dans un centre de soins. La peur de la mort et de la solitude est ici mise en scène avec sobriété. Avec « La mère de Valentina », on s’infiltre dans l’esprit confus de la vieille dame qui revit son enfance au contact de la jeune fille au point de confondre le passé et le présent. Plus étrange encore, « Phobidilia » de Yoav et Doron Raz confine un jeune homme, Régev, dans un appartement d’où il n’est pas sorti depuis 4 ans, relié au monde extérieur par la télévision et l’Internet, à sa plus grande satisfaction. Naturellement, cet ordre immuable va se trouver perturbé, mais l’approche des réalisateurs demeure hermétique. À l’opposé, «Eli et Ben», de Ori Ravid, renoue avec le style classique d’une jolie histoire centrée sur les relations père-fils au terme de laquelle Eli, 12 ans, mis à rude épreuve par l’arrestation de son père, remporte une difficile victoire sur lui-même. L’humour et l’émotion mènent à bon rythme cette belle histoire sans prétention.
Un hommage sera également rendu, en trois films, à Ram Loevy, précurseur et figure emblématique du cinéma contestataire israélien.
Du côté des documentaires, une fois encore, les thèmes abordés témoignent d’une originalité et d’une pertinence à l’écoute des frémissements de la société israélienne. Comment ne pas s’attacher aux antihéros de «La pire entreprise du monde » ? Soit quatre quinquagénaires dépassés par les événements, ne sachant comment sauver de la faillite leur petite compagnie d’assurances, filmés avec tendresse par le propre fils du directeur. Tendresse toujours dans « Chez Ida » où la réalisatrice, Dalit Kinor, suit les membres hauts en couleur d’un club de danses de salon, soucieux de remporter la compétition annuelle. Magnifiques portraits de femmes également dans « Lady Kul el Arab » et dans « Honneur mortel » où deux jeunes femmes affrontent la pesanteur de codes sociaux archaïques. Dans « Zahra », Mohammed Bakri raconte, sans surprise, l’histoire d’une femme palestinienne d’un village de Galilée, dont la vie a été bouleversée par la domination israélienne. « Le pont au-dessus du Wadi » montre au contraire comment des parents juifs et arabes ont choisi de créer une école bilingue dans un village arabe. La musique rejoint le cinéma avec la diffusion de trois documentaires qui retraceront la tournée du célèbre groupe de rappeurs « Hadag Nahash » aux Etats-Unis, le parcours d’un des plus importants musiciens, compositeurs et interprètes israéliens, Ehud Banaï ou encore celui du groupe de rock Minimal Compact, célèbre dans les années quatre-vingt.
Toute la programmation sur le site : www.isratim.co.il




