La cinémathèque privée de… Valérie Benguigui

Tout à la fois sensuelle et cérébrale, révélée dans «Comme t’y es belle !» de Lisa Azuelos, Valérie Benguigui est en passe de devenir l’une des valeurs sûres du cinéma français avec des films aussi différents que «La famille Goldberg », «Safari» ou «Les invités de mon père». C’est aux côtés de Kad Mérad qu’on la retrouve aujourd’hui dans une comédie sociale réalisée par Olivier Barroux. Rencontre conviviale et sympathique autour des films de sa vie…
- Votre premier souvenir de cinéma en tant que spectatrice ?
«Ben-Hur» (1959 - William Wyler). Je me souviens avoir été traumatisée par la scène des lépreux ! Je devais avoir 7 ans ; ma mère nous avait amenés voir au cinéma un grand film épique pour «grandes personnes» !
- Le film qui vous a fait grandir ou mûrir ?
«La gifle» de Claude Pinoteau (1974). Je me suis totalement projetée dans le personnage d’Adjani, instinctive et éprise de révolte intérieure - face à un père autoritaire et charismatique à la fois (Lino Ventura) - ; la confrontation entre ces deux caractères forts et infaillibles m’avait à l’époque profondément interpellée.
- Une actrice en particulier vous a-t-elle donné envie de devenir à votre tour comédienne ?
Isabelle Adjani justement, dans «La gifle». Mais aussi Annie Girardot dans la plupart de ses films comme «Docteur Françoise Gailland» (César 1977 de la meilleure actrice), une grande comédienne pleine d’énergie, capable de conjuguer légèreté et gravité, fantaisie et émotion. J’ai même eu le privilège et le plaisir de tourner une petite scène avec elle dans «Je préfère qu’on reste amis» du tandem Nakache/Tolédano. Un souvenir formidable et empreint d’émotion.
- Le cinéaste avec qui vous rêveriez de tourner ?
J’aurais beaucoup aimé rencontrer Claude Sautet ou Maurice Pialat. Mais c’est aujourd’hui un peu tard… Xavier Beauvois, le réalisateur du dernier Grand Prix du Festival de Cannes («Des hommes et des dieux»). «Le père de mes enfants» sorti l’an dernier est un film admirable. Son auteur, Mia Hansen-Love est une cinéaste avec qui j’aimerais travailler. Et puis aussi Jacques Audiard, le réalisateur du «Prophète».
- Le «petit film» que vous affectionnez tout particulièrement ?
«Le père de mes enfants» à nouveau. Une manière tellement authentique et sensible de filmer la vie au quotidien, toute la fragilité des choses de la vie au cœur d’un film qui manie à merveille la comédie et la gravité. Un vrai miracle.
- L’épisode biblique que vous aimeriez voir adapté à l’écran ?
Adam et Eve… C’est la première histoire d’amour en fait, avec toute la force que cela peut véhiculer. Et toutes les lectures que l’on peut y déceler, sur le thème de la perte de l’innocence entre autres.
- Les trois films que vous emporteriez avec vous sur une île déserte ?
«Frangins malgré eux» d’Adam McKay (2008) pour le fun et le rire. «Les lumières de la ville» de Charles Chaplin (1931) : une œuvre intemporelle, avec cette extraordinaire envie de vivre un véritable amour sans pour autant se voir. La pureté des sentiments, tout simplement… «Il était une fois en Amérique» de Sergio Leone (1984) : rien que d’en parler je suis émue ; le parcours chaotique des héros depuis leur enfance, le temps qui passe, les regrets, la trahison, tout cela me bouleverse…, la musique d’Ennio Morricone, la beauté et l’intensité de leur amour également. On n’a pas envie de changer le moindre détail dans ce film-fleuve.
- Une dernière question plus personnelle Valérie, contrairement à Richard Berry ou Patrick Bruel et à l’instar de Jean Benguigui vous avez conservé votre patronyme ; vous trouviez que Valérie Bruel ou Valérie Berry ça ne sonnait pas très show-biz ?
(Rires) Tant qu’à faire… J’ai en fait aussi envisagé de trouver un pseudo…! Lors d’un casting, on m’a fait remarquer que mon nom était trop «marqué» ; un soir, avec des copains, on s’est alors amusé à faire toute une liste de pseudos éventuels pour tenter de trouver une alternative ; mais j’ai vite trouvé cela ridicule et suis finalement très fière d’avoir gardé mon nom.
Propos recueillis par
Laurent Gahnassia


