Tou Bichvat : L’Homme et l’Arbre de Vie


Le Nouvel an des arbres, Tou Bichvat, a lieu cette année le mercredi 8 février prochain. L’occasion pour « Actualité Juive » de rappeler les symboliques de l’arbre qui représente à la fois l’homme, et son corollaire la femme, son importance dans la Torah, les prières qui lui sont associées. Sans oublier la symbolique haloutzique de la renaissance d’Israël et la responsabilité éthique du peuple juif face aux questions d’écologie. Instructif !


Tou Bichvat au féminin :

Quand Ava, Myriam et Elona interrogent les arbres

 

« L’arbre des champs, c’est l’homme même » (Devarim 20,19) De nos jours, des groupes de femmes juives, à travers le monde, en Israël et en diaspora, font de Tou Bichvat, cette belle festivité de la nature, un temps de lecture, d’étude, de réflexion, de commentaire et d’échange, autour des grandes questions suscitées par cette fête originale et énigmatique.

 

Le rapport de l’être humain à la nature, à la terre, à la végétation, à l’environnement, au climat ; la responsabilité de nos sociétés pour un développement durable, non-agressif, non-prédateur, apaisé, permettant aux populations de vivre dans un cadre écologique sont autant de questions symbolisées par l’arbre, partenaire de l’humain depuis l’aube de la vie. Le judaïsme a un message antique, toujours actuel, en ce qui concerne ce que nous pouvons nommer la question écologique. En France, ce sera l’occasion d’une journée d’étude, pour le public féminin, autour du thème de l’arbre. Arbre comme objet réel, compagnon des hommes et des femmes de notre planète. Arbre comme objet symbolique, image de la vie, de la nature, de l’abondance, de la nourriture.
Tou Bichvat, quinzième jour du onzième mois du calendrier hébraïque, Nouvel An des Arbres, festivité écologique par excellence, temps de réjouissance et d’allégresse, journée symbolique de la fin de la rigueur et du froid de l’hiver judéen, moment émouvant où les amants de la nature contemplent, en Israël, la sève qui commence à monter dans les arbres et les premiers bourgeons qui annoncent le printemps qui approche, est, dans la tradition des kabbalistes, un jour privilégié : la joie du célèbre dîner du 15 Chevat, Seoudat Tou Bichvat, avec son exubérant plateau des quinze fruits de la Terre promise, s’allie avec la ferveur de la lecture des textes sacrés, le Seder chel Roch Ha-Chana la-Ilanot, le cérémonial de la Nouvelle année des Arbres, avec ses passages de la Bible, de la Loi Orale et de la Kabbale, témoignages d’une longue réflexion sur la place de l’arbre dans la vie des humains.

À l’origine, cette étude joyeuse avait lieu dans l’intimité des cercles d’initiés kabbalistiques, dans la ville galiléenne de Safed. Les disciples des grands maîtres du savoir occulte (Hokhma Nistera), héritiers des illustres rabbins Isaac Louria, Haïm Vital, Moïse Cordovero, Salomon Alkabets et Joseph Caro, se réunissent dans des conclaves discrets, loin de la foule, pour savourer les fruits de la Terre sainte, chanter des hymnes mystiques, lire et commenter des passages choisis des œuvres majeures de la tradition hébraïque, avec la passion de décrypter les mystérieuses significations des grands symboles de l’Ecriture : l’Arbre, le Fruit, le Sol, l’Ecorce, le Noyau, la Chair, le Verger, les Fleurs, les Racines, objets emblématiques de la vie des hommes sur terre.
Joëlle Bernheim, épouse du grand rabbin de France Gilles Bernheim et organisatrice de la Journée d’étude sur Tou Bichvat, du dimanche 5 février propose, aux femmes juives de Paris et de la région parisienne, une rencontre qu’elle définit comme un « corps-à-corps avec le texte » : dans une vision à la fois orthodoxe et éclairée, des cours auront lieu, avec des textes en hébreu et français, suivant une pédagogie pour le public adulte, désireux de connaître et de comprendre, en profondeur, les thèmes, les œuvres et les auteurs de la pensée juive classique, où l’arbre est omniprésent, dans une pluralité complexe de significations, depuis l’Arbre de la Vie et l’Arbre de la Connaissance du Bien et du Mal, dans le Jardin d’Eden, jusqu’aux vignobles du Cantique des Cantiques de Salomon. Joëlle Bernheim souligne le paradoxe de la femme juive dans la société contemporaine : une citoyenne majeure dans la culture profane, ayant les mêmes possibilités que l’homme pour acquérir un savoir approfondie dans les sciences, la médecine, la technologie, les humanités, les arts, mais aussi, hélas, une citoyenne mineure dans le domaine du savoir judaïque, ayant peu de lieux pour satisfaire son désir de connaître, avec rigueur intellectuelle et profondeur conceptuelle, les sources du judaïsme.
Des femmes juives se rassemblant pour décrypter le message judaïque sur la nature, l’environnement, la vie, la création, dans un véritable cadre studieux, loin des causeries apologétiques, bien-pensantes, superficielles et creuses. Un nouveau style d’études juives féminines est en train de naître. A Tou Bichvat, un peu partout dans le monde, à Tel-Aviv, New York, Londres, Buenos Aires et Paris, des femmes juives se réunissent autour d’une émotion ancienne qui commence à s’exprimer : la passion de savoir.

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