Default profile photo

16 Mai 2021 | 5, Sivan 5781 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Rubrique Monde juif

Antisémitisme: que vont faire les Juifs belges ?

Le musée juif de Bruxelles où s’est déroulé l’attentat antisémite.

Si la communauté juive belge paraît nettement moins encline au départ que la communauté française, le sentiment d’insécurité est, cependant, très présent.

Si l’attentat de Bruxelles évoque à beaucoup celui de Toulouse, cette similitude ne veut pas dire que les juifs belges ont forcément la même approche de leur réalité que leurs voisins et coreligionnaires français. Certes, comme le dit Eli Ringer, l’ancien président du « Forum des Organisations Juives de Belgique, on se sent moins à l’aise en Belgique, moins à la maison ». Et si, voici une ou deux générations, un avenir belge paraissait une évidence, cette dernière ne l’est plus forcément. « Il arrive quelque chose qui était impensable il y a quelques années, insiste le même. A savoir que l’avenir de nos petits-enfants ne soit plus forcément ici ».
   
A cela, plusieurs raisons. Tout d’abord, comme un peu partout en Europe, les juifs belges sont confrontés à des problèmes d’insécurité et d’antisémitisme (liés le plus souvent à la présence d’une population « venue d’ailleurs » dont une minorité agissante est clairement antisémite).
   
« Monsieur le Premier ministre trouvez-vous normal qu'à Anvers, les orthodoxes juifs soient agressés, qu'à Bruxelles le porteur d'un signe distinctif, tel qu'une kippa ou une étoile de David, n'ose plus prendre le métro de peur d'être agressé et que la gangrène raciste atteigne les préaux des écoles où le mot juif est devenu une insulte », demandait, au mois d’avril, Maurice Sosnowski, le président du Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique (CCOJB) lors du dîner annuel de ce dernier.
   
Par ailleurs, il règne sur place un climat anti-israélien très pesant dont sont responsables non seulement les médias et les militants de la cause palestinienne, mais aussi les partis au pouvoir. On se souvient, par exemple, que l’actuel Premier ministre, Elio di Rupo, déclarait en 2009 : « Ce que le gouvernement israélien de sang-froid fait, tuer des innocents, tuer des femmes, des enfants, c'est absolument inacceptable… »


Pas question d’alyah de masse

Plus récemment, la député du Mouvement Réformateur, Viviane Teitelbaum, expliquait dans un entretien avec le CCLJ : « Lorsque la situation se détériore entre Israéliens et Palestiniens, on me colle une étoile sur le front dès que j’arrive dans l’hémicycle... J’ai été confrontée à plusieurs reprises à des parlementaires PS et Ecolo tenant des discours d’une violence inouïe… »
   
Et, poursuivait-elle, « quand je vais sur le terrain et que je prends la parole en expliquant que je suis juive et attachée à Israël, je me heurte souvent à des réactions hostiles, que ce soient des insultes ou des menaces. Quand un politique juif n’est pas identifié anti-israélien, il est vite perçu comme une “crapule sioniste” ». Or, là comme ailleurs, « il y a un amalgame entre les Juifs et Israël », note Eli Ringer. Et, vu l’image de l’Etat hébreu, cet amalgame est loin d’être favorable aux juifs. Et peut pousser à tous les dérapages.


"30% des Juifs commencent à réfléchir à partir"

Cela étant, même après l’attentat du musée juif de Bruxelles, la communauté juive belge ne panique pas. On est loin des réactions des juifs de l’Hexagone après Toulouse ou après la manifestation lors de laquelle quelques centaines d’individus criaient aux juifs de quitter la France. Bien entendu, l’émigration est en hausse, surtout vers Israël (bien que d’autres, plus souvent orthodoxes et pour des questions de travail) choisissent d’aller s’établir en Angleterre ou en Amérique.
   
Mais, quand on évoque le chiffre des 75% de juifs français qui penseraient à s’expatrier, Eli Ringer, tout en parlant de l’émigration en hausse, répond que, selon lui, « 30% [de ses coreligionnaires, ndlr] commencent à réfléchir à partir ». En écho, un orthodoxe anversois précise : « Ici, il n’est pas question d’alyah de masse ni de départ dû à la panique. Les institutions se portent plutôt bien et les écoles prospèrent ». Certes, à Anvers, l’école Yavné devrait fermer ses portes… Mais, selon les observateurs, cette fermeture est  due au succès de son éducation qui prônait le sionisme et l’alyah. Les jeunes partis, la relève n’a pas été assurée.
Powered by Edreams Factory