Default profile photo

29 Juillet 2021 | 20, Av 5781 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Rubrique France/Politique

Restera-t-il encore des étudiants juifs en France dans les prochaines années ?

Crédit photo : DR

Plus de la majorité des futurs bacheliers des écoles juives pourraient bien quitter la France une fois leur diplôme en poche. Analyse d’un phénomène que l’antisémitisme français n’explique qu’en partie.

Voilà un phénomène national qui ne cesse de prendre de l’ampleur et qui, au sein de la communauté juive, est encore plus important. De plus en plus de jeunes décident d’aller faire leurs études supérieures à l’étranger, que ce soit ailleurs en Europe, aux États-Unis ou au Canada et bien évidemment en Israël pour une forte majorité d’étudiants juifs candidats au départ. Tous les campus internationaux notent en effet une augmentation significative d’étudiants français récemment arrivés. Les perspectives d’épanouissement en France étant, il faut bien le dire, bien peu réjouissantes pour les jeunes aujourd’hui.

Patrick Petit-Ohayon, directeur de l’action scolaire au Fonds Social Juif Unifié a réuni des directeurs d’écoles juives pour analyser ce phénomène. Selon ses chiffres, 35% des bacheliers des écoles juives de la promotion 2014 seraient partis étudier en Israël et 45% de ces bacheliers auraient opté pour l’international. « Beaucoup de jeunes filles sorties des écoles religieuses poursuivent leur cursus en Angleterre, d’autres étudiants préfèrent entamer des études de commerce ou de médecine ailleurs qu’en France », explique-t-il. Quant au chiffre des 35%, il s’agit d’une moyenne qui masque de grandes disparités d’un établissement à un autre. Dans certains lycées, c’est la majorité des bacheliers qui ont quitté la France. Et pour nombre d’entre eux, le retour au bercail n’est pas envisagé.


Un phénomène national

À l’école Lucien de Hirsch, l’évolution depuis trois ans est éloquente. « Le taux de départ vers Israël est passé de 33% à 50% puis à 75% l’an dernier » explique Paul Fitoussi, le directeur de l’établissement. On n’ose imaginer quel sera le taux cette année. « Ces départs concernent essentiellement des jeunes qui vivent dans des milieux très communautaires, plutôt pratiquants et dont la famille a les moyens financiers d’assurer cette vie étudiante à l’étranger », analyse  celui qui préside aussi l’ADEJ l’Association des Directeurs des Écoles Juives.

   Ariel Amar, directeur de l’action jeunesse au Fonds Social s’intéresse, lui aussi de près à ce phénomène de départs et à ses effets. « Avec le bac blanc-bleu, ce voyage en Israël que réalisent depuis des années toutes les classes de terminales des écoles juives pour aller découvrir les universités israéliennes, l’idée de quitter la France pour aller étudier était déjà bien ancrée. S’ajoute à cela le fait que tous les parents, juifs ou pas, poussent aujourd’hui leurs enfants à aller voir ailleurs. Et, en ce qui nous concerne, l’idée du départ est encore plus prégnante ».

Si le nombre de départs des jeunes devient supérieur à celui des jeunes qui restent, la question de la relève se posera à notre communauté, au sein de laquelle le militantisme fait déjà défaut. En attendant, il ne s’agit pas d’inquiéter ceux qui restent. « Ceux qui font le choix de rester ne sont ni à blâmer ni à plaindre », rappelle ainsi A. Amar. D’ailleurs, la question du départ peut aussi se poser plus tard, en cours d’études ou une fois le diplôme en poche. En attendant, ceux qui décident de faire leurs études en France optent pour la mobilisation. Le président de l’UEJF note ainsi une hausse des adhésions. « Confrontés aux problèmes que rencontrent les juifs, ils comprennent la nécessité de l’engagement », estime Sacha Reingewirtz.

Powered by Edreams Factory